S’assurer la victoire

Publié le 25 février 2009

Si vous pensez que le poker n’est pas un sport de compétition, il y a des chances que vous n’ayez jamais atteint les étapes avancées d’un grand tournoi où la hauteur des blinds n’a d’équivalent que la pression de jouer pour des milliers – voire des millions – de dollars de récompense…

En tant qu’ancien joueur de basket-ball, je comparerais la pression d’un tableau final WSOP aux dernières minutes d’un match des séries éliminatoires où chaque action est cruciale et la moindre erreur peut décider du titre ou d’une deuxième place. Entre la foule se pressant autour des rails, les lumières, les caméras de télévision et les journalistes grouillant dans la salle, tout est amplifié autour de vous. Laissez la pression et cette atmosphère de cirque vous distraire ne serait-ce qu’un instant et vous pouvez être sûr que le tournoi vous filera entre les doigts.

Les Pros qui ont connu ces situations par le passé – qu’ils soient des athlètes sur le terrain ou des joueurs sur le feutre – comprennent bien que la clé du succès dans cette atmosphère est de rester focalisé sur la tâche à accomplir et de faire abstraction de tout ce qui ne s’y rattache pas. Caméras de télévision? Ignorez-les. Railbirds? Oubliez-les. Baissez la tête et jouez, en laissant les autres se soucier d’eux-mêmes.

À la différence des autres sports, le poker a un facteur X supplémentaire avec lequel vous devez apprendre à composer – l’escalade des gains lorsque terminer juste une place plus haut peut se traduire par des milliers, voire des centaines de milliers de dollars supplémentaires de récompense. Pour les joueurs qui n’ont pas encore été loin dans les grands tournois, se laisser éblouir par les gains à court terme peut être tout aussi déroutant que n’importe quelle caméra de télévision. À ce stade, la réussite repose sur la capacité à se concentrer sur un seul objectif. Pour moi, cet objectif est la victoire.

Dans mon expérience, les tournois peuvent se diviser en deux catégories; in the money (rentrer dans son argent) et out of the money (y laisser de sa poche). Avant que la bulle n’explose, mon objectif est de rentrer dans mon argent. Je cherche à encaisser et, si possible, à me mettre dans une position favorable pour gagner. Après le break, mon but est de gagner. Pour moi, et pour bien d’autres Pros, le véritable tournoi ne commence que lorsque nous sommes « in the money » et c’est là que je m’efforce vraiment de faire les décisions stratégiques les plus judicieuses à long terme afin de m’assurer la victoire.

Une main jouée lors de l’Event #1 du WSOP de cette année illustre parfaitement ce propos. Nous n’étions plus que quatre dans la course – lorsque la différence entre finir premier et quatrième est supérieure à $500 000 – je suis entré dans un pot avec Andy Bloch. J’avais Pocket 7 (paire de 7 servie). Je suis allé jusqu’au Flop (Q-Q-3) pour voir Andy faire une relance à hauteur du pot juste derrière moi. Bien que je ne sache pas ce qu’Andy a en main, je devine qu’il a des overcards (cartes au-dessus de celles du Flop) et, éventuellement, un tirage couleur. Alors que ma double paire de 7 et Dames pouvait être gagnante, cela m’aurait coûté toute ma pile de jetons pour le savoir sur ce qui revient finalement à un tirage à pile ou face. En fin de compte, j’ai couché ma main et cherché une meilleure opportunité.

Vous vous demandez sans doute pourquoi. Eh bien, il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, j’avais à ce moment-là un assez gros stack (pile de jetons) et je n’étais pas encore trop engagé financièrement dans cette main : bien que me coucher devant Andy m’aie coûté quelques jetons, je pouvais encore me coucher et rester confortablement à la table en deuxième position en terme de jetons. Ensuite et surtout, même si j’étais devant Andy sur le flop, ma lecture du jeu lui donnait 13 possibilités de toucher une carte faisant sa main gagnante (environ 40% de probabilité). Demander à voir aurait remis en question mes chances de rester dans le tournoi et donc, investir dans cette main n’était un calcul judicieux.

Bien que suivre Andy pour faire le dur devant les amis, la famille et les caméras de ESPN aurait pu être un grand moment de poker qui m’aurait valu un quart d’heure de gloire, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour écarter cela de mon esprit et me concentrer sur la tâche à accomplir : remporter le tournoi. En me concentrant sur le plan de match conçu auparavant, j’ai pu me tirer d’une situation délicate, avec seulement une petite perte et passer à la main suivante.

En fin de compte, ma décision de sacrifier la possible victoire immédiate sur cette main a été favorable, puisque j’ai battu Andy après que nous nous soyons retrouvés en Face-à-Face. Au final, je m’empare d’un bracelet WSOP plutôt que quelques minutes de gloire télévisée. Bon choix.

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