Ajustements face aux tournois de poker

Publié le 17 novembre 2011

Pour mes premiers articles, je m’en suis tenu à ce que je connais le mieux, c’est-à-dire les parties à l’argent. C’est ce que je préfère et ce dans quoi je suis le meilleur. Pour leur part, les tournois ont toujours occupé une place plus récréative. J’écris d’ailleurs ces lignes dans un avion en provenance de Vancouver, où j’ai passé les 12 derniers jours dans le cadre du B.C. Poker Championship. Je profite donc du fait que mon cerveau est encore en mode tournoi pour tenter de vous éclairer sur quelques subtilités parfois oubliées de cette variante.

La plus grande différence entre les cash games et les tournois se situe au niveau de la profondeur des tapis. Alors que les parties à l’argent se jouent majoritairement avec 100 big blinds, en tournoi, les blinds augmentent constamment, ce qui a pour effet de modifier sans cesse la profondeur de votre tapis. Ces changements ont évidemment pour effet de modifier votre approche tout au long du tournoi. Tout d’abord, en début de tournoi, et surtout lors des tournois en salle (live), il n’est pas rare de commencer avec 200 ou 300 bb. Le dernier tournoi que j’ai joué au BCPC avait une structure de rêve, et chaque joueur débutait avec 500bb. J’adore les premiers niveaux puisqu’ils permettent d’être un peu plus créatif. J’en profite pour jouer plus de mains marginales. Je vous suggère de faire de même, spécialement lorsque le calibre des joueurs à votre table laisse à désirer. Quoi de mieux que de jouer contre un mauvais joueur avec des tapis aussi profonds! Les joueurs moins expérimentés n’apportent pas toujours les ajustements nécessaires et feront de couteuses erreurs lors de ces niveaux de blinds, ce qui fait monter en flèche vos cotes implicites. Finalement, profitez des mains jouées lors de cette période pour prendre des notes mentales sur vos adversaires. Les décisions importantes que vous aurez à prendre plus tard dans le tournoi seront sans doute plus éclairées.

Une fois les premiers niveaux passés, les tapis chutent rapidement sous la barre des 100bb. L’une des façons d’ajuster son jeu est de modifier la grosseur de ses mises, tant préflop que postflop. En général, en tournoi, une relance entre 2 à 2.3 fois le bb suffit, vu les petits stacks en jeu. D’aussi petites relances permettent de voler le pot de temps à autre, et minimisent vos pertes en cas d’échec.

Le raisonnement après le flop est le même, et mes mises franchissent rarement 55% de la grosseur du pot. Sur les flops très secs comme JJ5 ou Q83, elles sont habituellement extrêmement petites (autour de 35-40% du pot). Lorsque vous détenez une bonne main, étant donné que les tapis sont souvent assez petits à ce stade du tournoi, une aussi petite mise sera quand même suffisante pour construire un bon pot pour le reste de la main. De plus, lorsque vous bluffez, vous minimisez vos risques et votre adversaire devra quand même risquer une bonne partie de ses jetons s’il désire attaquer votre mise. Exemple : les blinds sont 500-1000 avec ante de 100 et vous avez 30,000T. Vous relancez à 2200 au bouton avec 56s et le big blind appelle. Il a aussi 30,000 devant lui. Le flop tombe KK4 et vilain check. Vous misez 1800 dans un pot qui contient déjà 5900. Lorsque vilain fold, cette mise est extrêmement rentable, puisqu’elle permet de prendre le pot en risquant très peu. Cependant, si votre adversaire souhaite voler le pot en y aller d’un check-raise, c’est lui qui devra risquer une partie de son tapis. Supposons qu’il relance à 5000T, il met en péril 5000 de ses 28,000 jetons restants, ce qui représente près de 20% de son stack. Bref, si votre adversaire n’a pas touché le flop, vous le mettez dans une situation assez précaire, même en y aller de mises vraiment minuscules. Pourquoi risquer plus?

Finalement, les 3bet sont généralement plus fréquents en tournoi. Chaque fois que j’ai des joueurs de tournoi vraiment dominants à ma table, ça me frappe à quel point ils profitent de chaque occasion possible de 3better. Les raisons qui expliquent la rentabilité du 3bet sont multiples :

1. Avec les antes, les pots sont énormes avant le flop. S’il y a une relance, ou encore mieux une relance et un call devant nous, le 3bet devient extrêmement profitable.

2. Plus la profondeur des stacks diminue, moins il est profitable de simplement caller un raise avant le flop. Le 3bet devient donc parfois la seule option si l’on désire jouer la main.

3. Vous aurez plus de chances de vous faire payer une bonne main si vous avez sur-relancé à plusieurs reprises au cours des derniers tours de table que si vous n’avez pas été très actif.

4. Les joueurs à  votre droite relanceront sans doute beaucoup moins si vous les 3bettez souvent. Vous aurez ainsi plus d’occasions de relancer et voler les blinds.

Il est évident que je n’ai pas couvert toutes les différences entre les cash games et les tournois. Les deux variantes sont très différentes, et ce, sur plusieurs aspects. J’ai l’impression que les parties à l’argent demandent davantage de réflexion et d’habiletés postflop alors que les tournois exigent que l’on s’ajuste sans cesse à la situation. Bons ajustements!

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