Même les pigeons aiment le risque du jeu!

Publié le 16 octobre 2010

Conséquence directe du syndrome de la “cervelle de pigeon” ou un amour pour le risque du jeu partagé entre les oiseaux et les humains?  Il s’agit d’une question soulevée dans une étude récente publiée dans le journal Proceedings of the Royal Society B. Le choix posé est simple:  Si vous aviez deux boutons, l’un vous rapportant 3$ à tout coup, puis un autre vous rapportant 10$ une fois sur cinq, lequel choisiriez-vous?

Le syndrome chez l’humain est bien connu.  Certains vont préférer sacrifier une valeur de gain moyenne favorable  dans l’espoir d’un gain immédiat supérieur.  Il s’agit d’un choix évidemment mauvais, à la base de la fortune des innombrables casinos de ce monde.  Par contre, si l’on pose ce même dilemme à un pigeon, comment ce dernier réagira-t-il?

8 pigeons ont ainsi été entrainés à d’abord activer une de deux lumières blanches pour obtenir de la nourriture.  Lorsque l’oiseau touche une lumière avec son bec, une couleur sur une possibilité de deux apparaît.  La lumière blanche de gauche offre les résultats jaune et bleu (les couleurs et les côtés d’apparition étaient changés pour éviter tout biais), donnant une récompense automatique et systématique de 3 pastilles de nourriture.  L’autre lumière blanche  présentait plutôt les couleurs vert et rouge.  Lorsqu’actionnée, l’une des deux couleurs est choisie par le système.  S’il s’agit du rouge, l’oiseau se mérite dix pastilles de nourriture.  S’il s’agit du vert, l’oiseau ne reçoit rien.  La lumière tourne au rouge une fois sur cinq seulement.  Il s’agit d’une version très simple d’un pari.

Après que les oiseaux aient longtemps été conditionnés à comprendre le principe des lumières et les récompenses associées, les résultats enregistrés furent surprenants.  En effet, le choix de “dix pastilles ou rien” fut activé 82% du temps.  Pourtant, le choix des trois pastilles donne plus de 50%  de nourriture totale.  De vrais High Rollers ces pigeons!

Afin de pousser l’expérience, cette dernière fut reprise avec une légère modification.  La lumière actionnant le jaune et le bleu ne connut aucune modification.  L’autre option conserva les mêmes chances d’attribuer de la nourriture (une fois sur cinq), mais cette récompense pouvait être donnée sur la couleur rouge tout comme sur la couleur verte.  Autrement dit, les chances de remporter dix pastilles étaient les mêmes, mais sans l’association de la couleur rouge au gain, puis de la couleur verte à la perte.

Les résultats changèrent du tout au tout.  Soudainement, les pigeons préférèrent la valeur sure au risque.  Cette découverte suggère que les pigeons prennent considération de l’excitation des lumières et de leur récompense associée dans leur décision.  Retirer l’association de la couleur au gain élimine cette excitation.

Le psychologue Jeffrey Weatherly, lui qui n’est pas associé à l’expérience, affirme que “l’idée qu’on puisse créer une situation où un pigeon ou tout autre organisme agisse contre son meilleur intérêt est pour le moins intéressant”.  Cependant, une variable essentielle manque afin de comparer l’attitude des pigeons à celle des humains:  la possibilité d’engendrer des dettes.

Thomas Zentall, l’auteur de cette étude, croit que les pigeons sont motivés par un changement-surprise dans leur attente.  Pour lui, il s’agit du même phénomène qui expliquerait pourquoi un humain ignore souvent ses pertes pour plutôt se concentrer sur ses rares, mais plus surprenants gains.

Grâce à cette expérience, Zentall croit avoir illustré un miroir du comportement humain, sans tout le bagage complexe du cerveau qui rend l’étude de cette question difficile.  Cela suggère une motivation au jeu intrinsèque et naturelle, autant pour l’humain que l’animal.

Finalement, Zentall note que l’environnement influence cette tendance au risque, autant chez l’oiseau que l’humain.  Lorsque l’oiseau est rassasié, il tend plutôt vers un choix sur, tout comme l’humain comblé à tendance à prendre moins de risque.  Au contraire, l’oiseau affamé tend plutôt vers le risque dans l’espoir d’une large récompense, non pas sans rappeler l’humain lorsqu’il est en manque d’argent.

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