La psychologie du tilt

Publié le 13 mars 2010

Le tilt est un sujet très souvent traité, pour ne pas dire dont on abuse.  Les articles sur les fâcheuses conséquences du tilt pleuvent, tout comme ceux sur comment tenter de l’éviter.  Tous et chacun connaissent ce sentiment, tout comme ses répercussions destructrices, autant sur le portefeuille que le mental du joueur.  Or, rares sont ceux qui s’attardent sur la nature même de ce phénomène.  Qu’est-ce qui engendre le tilt ?  De quoi est-il composé ?  Pourquoi est-il si insidieux ?

C’est vrai ; réfléchissons-y un instant.  Tout joueur expérimenté est bien au courant de l’existence du tilt.  Il sait le reconnaître, tout comme l’attitude à adopter lorsqu’il se présente.  Dès lors, ce problème ne devrait-il pas être réglé ?  Pourtant, de temps à autre, ce sentiment trouvera le moyen de prendre le dessus sur l’approche rationnelle du joueur.  Qu’est-ce qui fait alors défaut ?  Pourquoi cette promesse si honnête du joueur envers lui-même a-t-elle une fois de plus été brisée ?

L’auteur de Shut up and Deal Jesse May a écrit : « Le poker est une combinaison de chance et de talent.  Les gens croient que de maîtriser la partie talent est difficile, mais ils ont tort.  La clé au poker est de maîtriser l’élément chance. »

Dans l’excellent ouvrage « The Poker Mindset : Essential Attitudes for poker success », le tilt est défini comme : « [le tilt est] souvent (mais pas toujours) une régression du jeu d’un joueur à un niveau plus primaire.  Il perd temporairement la discipline et le contrôle de son jeu et commence plutôt à prendre ses décisions en accord avec la manière dont il aimerait jouer le jeu. »

Cette définition est pour le moins intéressante.  Dans toutes les facettes de la vie, l’humain pèse ses décisions entre ce que sa tête et son c?ur dictent.  Les personnes rationnelles utilisent majoritairement leur tête tandis que les personnes émotives se fient à leur c?ur.

Au poker, il n’y a aucune place pour le c?ur.  C’est bête, mais c’est ainsi.  C’est la rationalité poussée à ses extrêmes qui sera récompensée.  C’est ainsi qu’on développe la maîtrise de l’élément talent au poker.  Pour plusieurs, il s’agit de sacrifier les décisions qu’ils aimeraient prendre pour celles qu’ils doivent prendre afin de maximiser leur espérance de gain.  Le compromis permet l’atteinte de la finalité recherchée, soit le profit monétaire.   Seul un élément peut alors s’insérer dans cette formule et la rendre inexacte : la malchance.

C’est exactement à cette intersection que se découvre la nature du tilt.  Le tilt se produit lorsque le compromis du joueur entre sa tête et son c?ur n’est pas récompensé.  Par sentiment d’injustice, d’ego touché ou de simple colère, le joueur abandonne alors cette formule qui vient de se montrer inefficace.  Il sait qu’en déroger ne lui sera d’aucune aide.  Pourtant, il cherche à se venger.  Il se venge contre l’injustice.  Il donne une chance à son c?ur de s’exprimer ; de prendre le dessus sur sa tête.  Le tilt est un exutoire.  Il rétablit un équilibre normal entre tête et c?ur qui s’exprime naturellement dans la vie, mais qui n’a pas sa place au poker.

Le tilt est un exemple flagrant du système d’apprentissage action/récompense.  Pour la majorité, l’apprentissage d’un bon poker théorique va à l’encontre de la manière dont ils aimeraient le jouer (jouer plus de mains, courir tous ses tirages, voir la prochaine carte, bluffer à outrance… bref, se fier à la chance).   La récompense d’être gagnant leur permet de placer leur rationalité à l’avant-scène.  Lorsqu’ils perdent malgré tout, parce qu’ils sont malchanceux, une confrontation psychologique se crée.  D’un côté, il y a cet apprentissage rationnel qui sait que l’émotion n’a pas sa place.  De l’autre, il y a cette frustration bouillante de la non-récompense d’une action qui devrait générer un profit.  C’est pourquoi le conseil principal pour éviter le tilt est de toujours garder le long terme en tête.  Le court terme ne rend pas toujours justice, le long terme si.

La maîtrise absolue au poker est de bien comprendre ce phénomène afin que l’émotivité suscitée par les injustices au court terme s’évanouisse dans toute son irrationalité.  On comprend que dès lors, les résultats n’ont plus aucune signification.  Seules les décisions importent.  Cet état d’esprit est cependant bien difficile à atteindre.  Bien comprendre la nature même du tilt est un pas essentiel sur le chemin de sa maîtrise.

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