Dissocier l’égo, première partie : le duel

Publié le 2 septembre 2009

Pour devenir un joueur de poker à succès, vous devez acquérir l’habileté de laisser votre égo au vestiaire à l’entrée du tournoi. Vous ne devez faire qu’un avec la partie et ne pas laisser une part de votre propre psyché jouer un rôle dans les décisions que vous prenez. Bien sûr, cela est plus facile à dire qu’à faire. Tout le monde sait que les jeux effectués durant la partie sont basés sur l’information spontanée, en tout ou en partie. Les mises du pot, l’analyse des tendances des joueurs et les motivations derrière les agissements des adversaires sont quelques éléments à prendre en considération lorsque vous en arrivez à la conclusion sur la façon de procéder pour jouer une main. Cependant, trop souvent, je vois, et je le commets aussi, le péché de permettre à l’égo de s’insinuer et diriger la façon dont est jouée une main ou plusieurs. Dans cette série de textes, nous jetterons un coup d’?il sur la façon dont l’égo peut s’insinuer dans nos parties et comment cela peut faire en sorte que nous perdions des jetons de notre tapis.

Pensez-y. Combien de fois voyez-vous un joueur commencer à jouer si inadéquatement que c’est ridicule qu’il puisse penser avoir une chance de gagner? Cela peut arriver lorsqu’un joueur a tenu le chapeau d’un autre joueur et dans certains cas ses souliers, ses pantalons et même sa chemise. C’est souvent suffisant pour abattre complètement un joueur qui est en train de perdre la partie. Soudainement, c’est une situation un contre un pour le perdant et il est prêt à perde plusieurs de façon répétée, juste pour avoir la chance de sortir son opposant arrogant.

Je vais me donner en exemple pour illustrer ce point parfaitement – tellement parfaitement que c’en est douloureux. C’était aux Séries mondiales de poker de cette année et j’étais environ troisième avec 23 000 $ en jetons lorsque nous avons commencé la dernière heure de jeu avant la pause du souper de l’événement hold’em à limites du pot à 3 000 $. Je me sentais bien, je jouais bien et je battais les joueurs à ma droite et à ma gauche. C’était honnêtement un massacre à notre table, la « table de la mort », comme nous avons commencé à l’appeler. Il y a probablement eu huit massacres une heure et demie environ avant mes propres funérailles.

Nous nous sommes retrouvés dans un champ de bataille repeuplé avec trois nouveaux joueurs et les bonnes cartes étaient de retour. J’ai obtenu Ah Kh en position intermédiaire et je commençais vraiment à penser que c’était mon jour de chance. J’ai relancé et le croupier a égalisé. Sur le flop spectaculaire, Ac 8h 6h ont été tirés, j’ai misé et le croupier a relancé. J’ai choisi d’égaliser seulement, car ma main était trop forte. J’étais vraiment certain que j’avais une autre main incroyable et je ne voulais pas que ce joueur s’en aille si facilement. Sa main évidente était un autre as avec un mauvais acolyte. Le tournant s’avéra être 3d. J’ai passé, mon adversaire a misé et j’ai passé-relancé. Il a seulement égalisé et nous avons continué à jouer. Un 10 a été tourné sur la rivière, j’ai misé et mon adversaire a seulement égalisé. J’ai retourné mon A-K et j’espérais collecter un autre pot, mais j’ai rudement été accueilli par les Ad10d de mon adversaire. Ouch! J’ai été frappé comme Oliver Twist qui demandait plus de nourriture. « SVP Monsieur, juste un peu de monnaie… »

J’étais très déçu d’avoir été sorti si brutalement mais que voulez-vous, cela fait partie du jeu. Je n’ai pas de soucis. J’ai hoché la tête et la partie a continué.

Seulement deux mains plus tard, je me suis vu distribuer 9h 9s lorsque j’étais en position de croupier. Il y a eu une relance et deux joueurs avant moi ont égalisé, alors j’ai seulement égalisé, espérant obtenir un set et ramasser un joli pot. Mon souhait fût exaucé et le tableau fût complété avec Kc 9d 5h 3s 10s. Il y a eu, de façon prévisible, une tonne d’action et seulement mon adversaire de la main précédente et moi-même sommes restés jusqu’à la fin. Je me suis retrouvé à égaliser une relance problématique sur la rivière et j’ai presque sauté de ma chaise lorsque mon adversaire a retourné 10h 10d, obtenant ainsi un brelan plus élevé que le mien! Cette main a fait vraiment mal! Je suis passé de 23 000 $ en jetons à 9 000 $ en l’espace de deux mains!

Maintenant j’étais vraiment fâché, fâché contre moi-même. Qui était ce gars venu s’asseoir à ma table me relançant sans cesse devant mon groupe de joueurs. Je le suppliais de me laissez tranquille et de ne pas embarquer dans les mains dont je participais et il me regardait comme si j’étais un joueur… un joueur comme tous les autres. Ce n’est pas bon de montrer les squelettes dans le placard lorsque vous avez assassiné des joueurs pendant trois heures. Cela a tendance à donner de l’espoir à ceux qui sont restés vivants. Je devais faire quelque chose. Je devais récupérer les jetons qu’il m’avait pris.

Quoi? Cela semble ridicule? Ça l’est! C’est complètement absurde. Mais je voulais ce gars, absolument. Je voulais lui donner une leçon, juste pour la façon dont il a souri lorsqu’il a pris mes jetons. Vous connaissez ce genre de joueur, qui au lieu de prendre les jetons qu’il a gagnés et demeurer silencieux, décide plutôt de célébrer publiquement, comme si cela avait quelque chose à voir avec la façon dont il jouait. Dans ma tête, j’avais décidé que je devais l’éradiquer, et ce, à n’importe quel prix.

Malheureusement, j’ai laissé cet adversaire m’obséder complètement et j’ai arrêté de jouer au poker. J’ai laissé mon égo prendre toute la place et jouer à ma place. Ce fût un des plus gros péchés aux tables.

Environ une séquence plus tard, je suis le gros blind et j’obtiens 7h 7s. J’égalise la relance du même joueur en position intermédiaire et deux autres joueurs font de même. Je vais vous dire ce qui est arrivé par la suite, mais gardez en tête que je n’en suis pas fier. Sur le flop, Jh 10c 8s sont tournés et je passe. Le joueur « démoniaque » mise et les deux autres joueurs se couchent.

C’est là que ça devient intéressant, enfin je veux dire très mauvais. Je passe-relance pour environ 4 000 $ je crois. Vous avez dit quoi? C’est exact. Le plus con du con dans la position gros blind a décidé de jouer avec une paire plus petite que sur le tableau, donc un bluff de sang-froid. Et oui, j’étais cet homme. Je voulais battre ce joueur et le faire descendre un peu. Si seulement cela avait fonctionné de cette façon.

À n’importe quel prix il égalisait et sur le tournant, un 6h a été tourné. Je devais miser encore et cette fois-ci il m’a obligé à faire tapis. Je ne voyais pas comment je pouvais me coucher, avec tant de jetons dans le pot, lequel comportait un fort pourcentage des miens. Même si je savais que j’étais désespéramment derrière, j’ai égalisé. Il m’a montré une paire de huit, ce qui lui donnait le brelan. Seul un 9 pouvait me sauver sur la rivière, mais ce n’est pas arrivé.

Je me suis fait sortir comme ça et j’ai été en état de choc pour le reste de la nuit. J’ai tombé si bas et si rapidement que je croyais que vous pourriez voir les traces de mon siège de la zone de tournoi du Rio. C’est le moment auquel je pense lorsque je revois le Championnat mondial de poker (WSOP) de 2005. Je ne pense pas aux tables finales que j’ai faites mais la chance que j’ai escamotée lorsque j’étais troisième à ma table. Et je l’ai escamotée de façon spectaculaire, devrais-je ajouter. Si vous avez à tomber, vous devez le faire en grandes pompes, n’est-ce pas?

J’ai été voir Thor Hansen, qui avait regardé la partie et il a seulement hoché la tête et m’a regardé de la façon suivante : « Au nom de toutes les gaufres du déjeuner, que s’est-il passé? » Si seulement je pouvais lui donner une réponse. J’ai tombé dans le piège d’essayer de jouer contre un adversaire de poker à la table, au lieu de huit. J’étais tellement obsédé de faire payer cet adversaire que je me suis fait évincer d’un événement dans lequel j’étais dans une bonne position.

J’ai remisé mon épée, perdu la main et j’ai même perdu le duel en cours de processus. Ne faites pas cette erreur. Nous sommes tous à la table pour la même raison : pour détruire complètement toutes les autres personnes. C’est vraiment absurde de devenir fâché lorsque quelqu’un vous soutire des jetons en cours de processus. Posez-vous cette question la prochaine fois que vous ressentirez le besoin de vous venger de quelqu’un. Allez de l’avant et essayez de gagner de l’argent. Laissez les perdants essayer de gagner le duel.

Joe Sebok est un joueur de poker professionnel qui peut être rejoint via son site personnel à www.pokerroad.com.

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