Dissocier l’égo, deuxième partie : l’asile et les gestes constants

Publié le 22 septembre 2009

Dans ce texte, nous porterons notre attention sur une autre façon qui fait en sorte que notre égo peut affecter notre partie. Nous savons déjà, pour la plupart d’entre nous, que c’est un péché capital de permettre à notre bravoure de prendre le dessus sur la façon dont on joue à la table de poker. Comme dans toutes les situations compétitives, une des plus graves erreurs que vous pouvez faire est de sous-estimer vos adversaires. Il y a de moins mauvaises décisions que les joueurs peuvent faire que de décider que leur table est remplie d’ânes et qu’ils peuvent les battre avec n’importe quelles deux cartes, peu importe les circonstances de la partie.

Que vous jouiez avec un groupe de singes qui devraient se balancer dans les arbres n’est pas important. Cela signifie simplement que vous devriez utiliser différentes stratégies contre eux. Un bon joueur peut simplement utiliser un de ses trucs pour trouver celui qui fonctionne le mieux contre les mauvais joueurs. Ne tombez pas dans le panneau d’être le joueur qui croit qu’il peut faire beaucoup d’actions pour surpasser ses adversaires, peu importe la situation.

L’asile

Un exemple de ceci est ce que j’appelle « l’asile ». Ceci implique d’être battu peu importe les cartes que vos adversaires peuvent détenir et quelles cartes vous avez. Alors que c’est souvent une stratégie efficace lorsque utilisée de façon sélective, le joueur qui oublie de prendre pour acquis les changements de facteurs pouvant survenir durant la partie se retrouvera à utiliser cette approche, et ce, à son propre péril.

Alors que cette stratégie est utilisée efficacement par plusieurs joueurs au hold’em sans limites, cela peut souvent être une grosse erreur au hold’em avec limites. Souvenez-vous, dans les parties à limites, vous devez typiquement avoir une main. Même si c’est vrai qu’occasionnellement vous serez capable de dominer la table, éventuellement, même les plus mauvais joueurs détecteront votre stratégie et vous choisiront pour être dans la main ou relanceront vos cartes vulnérables.

Même au sans limites vous devez changer vos stratégies de temps en temps. Lorsque je sens qu’un joueur essaie de me dominer, normalement, je lui retourne la faveur et je commence à le relancer sans subtilité. Essentiellement, je lui envoie le message suivant : « Écoute mon ami, je sais ce que tu es en train de faire et cela n’arrivera pas ici. Laisse tomber. » Cela ne signifie pas que vous ne devez pas dominer les joueurs s’ils vous en donnent l’opportunité. Si je trouve un joueur sur lequel je peux prendre avantage à ma table sans limites, je le relance jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable de penser de façon sensée. Ne changez pas de stratégie si celle-ci fonctionne, mais aussi n’en forcez pas une si elle ne fonctionne pas.

Une autre erreur que je vois est qu’un joueur utilise la stratégie de l’asile après avoir perdu un gros pot ou après avoir été battu lorsqu’un adversaire a réussi à obtenir son tirage. Cela peut être une forme typique de pression où certains joueurs qui jouent de cette façon tout le temps, veulent maintenir une pression constante sur leurs adversaires. Encore une fois, cela fonctionne tant que les autres joueurs ne sont pas capables de détecter votre stratégie et qu’ils ne vous tendent pas de pièges ou vous dominent tout simplement. Et, encore une fois, cela fonctionne beaucoup mieux au sans limites qu’avec limites.

Le réel problème avec cette stratégie est qu’elle fonctionne contre les mauvais joueurs mais échoue lamentablement contre les bons joueurs. Elle peut être une tactique efficace si elle est utilisée correctement. Soyez simplement prudent pour ne pas trop l’utiliser et aussi de ne pas l’utiliser contre le mauvais type de joueurs. Si vous le faites, vous découvrirez rapidement que la stratégie de l’asile vous enverra directement à la maison des pauvres.

Les gestes constants

J’en suis coupable et je sais que vous l’êtes aussi. Le fait est que tous les joueurs en sont coupables à un moment ou à un autre. Sous-estimer vos compétiteurs est une conséquence inévitable de la confiance en soi. Si vous pensez que vous êtes le meilleur joueur à la table la plupart du temps, pourquoi êtes-vous là alors? Une part d’être un des meilleurs n’est pas d’être trop arrogant, mais juste assez arrogant. Ce n’est pas très intelligent de décider que vous pouvez faire des gestes constants sur les joueurs, et ce, sans porter attention aux facteurs de la partie en cours.

Il y a quelques mois, j’ai joué au hold’em avec limites à 30 $-60 $ au Bellagio et j’avais un très mauvais joueur situé deux sièges à ma droite.

Il relançait beaucoup de pots avec des cartes extrêmement faibles. Il a relancé plusieurs fois en position hâtive et il a terminé en montrant la main suivante : Ad 3c. J’ai décidé de l’isoler avec des mains qui seraient, en moyenne, plus fortes que les mains qu’il détenait. Lorsqu’il s’est amené dans la main avec une relance, j’ai relançé de trois fois sa mise avec des mains comme Ks Jd ou Ah10d. Occasionnellement, un joueur derrière moi jouait la main et faisait en sorte que mon effort pour l’isoler devenait beaucoup plus dangereux.

Lorsque je m’arrangeais pour finir par disputer le pot avec le relanceur initial, j’essayais de cogner dessus le plus possible. Peu importe quel était le flop, je relançais sa mise initiale. Je le forçais chaque fois à faire trois tours de mises, je le tenais. J’ai fait cela plusieurs fois sans même porter attention aux cartes que j’avais. Quelques fois, il retournait sa main, il avait la meilleure main et il remportait un gros pot, mais plusieurs fois, j’étais capable de me construire un beau pot. En général, je dirais que nos altercations atteignaient le seuil de rentabilité, même avec mon adversaire jouant à l’opposé de mon plan, le résultat était positif en général. Il est difficile de battre une main comme 9c 8c sur un tableau contenant Ah 10s 7d Qd 3c, n’est-ce pas?

La situation la plus fatale que je me suis créée fût lorsqu’un ou deux joueurs misaient dans le pot en dépit des nombreuses mises qu’ils avaient à faire en face d’eux. Ces joueurs ne jouaient pas lâchement, comme ma cible initiale le faisait et généralement ils obtenaient des mains assez fortes pour égaliser spontanément deux fois et même effectuer trois mises. Ils avaient bien sûr perçu ma stratégie d’isolation et essayaient de s’insérer dans l’action. Malheureusement, cela m’a pris un peu plus de temps que cela aurait dû pour raffiner mon style de jeu. C’est une chose d’isoler un mauvais joueur qui est dans une position tardive lorsqu’il relance, mais lorsqu’il est le premier à parler en position hâtive et qu’il relance, cela nous laisse beaucoup plus vulnérables pour le reste de la table. Si je relance avec un as de niveau intermédiaire à faible, cela me coûte souvent de l’argent lorsqu’un joueur derrière moi a une main comme Ad Qd ou Ah Js. Ces joueurs ne relancent pas à nouveau avec ce genre de mains, ils égalisent plutôt spontanément et je tombais inévitablement dans mon propre piège lorsqu’un as était retourné. Je continuais d’essayer de dominer la table avec n’importe quelles deux cartes.

Ce genre de jeu fonctionne seulement la moitié du temps de toute façon, lorsque je peux l’utiliser contre un joueur solitaire. Ma façon de penser était correcte, mais la façon dont je la mettais à exécution était loin d’être parfaite.

Ne mélangez pas ce genre de surconfidence avec, disons, le jeu de Phil Ivey. Phil va essayer de voler, forcer les autres joueurs à mal jouer contre lui et il va engendrer un chaos général à sa table, car cela fait partie d’un plan global. Vous verrez souvent Phil jeter ses mains lorsqu’il est clair que sa stratégie ne fonctionnera pas lors d’une main en particulier. Il ne tombe pas dans le piège de penser qu’il peut outrepasser ses adversaires lors d’une seule main, peu importe leurs mains de départ.

Je ne perçois pas ceci comme tomber dans la surconfidence. Il utilise une tactique particulière et il l’essaie sur les joueurs contre qui cela fonctionne habituellement. Dès qu’il s’aperçoit que ça ne peut pas fonctionner, il laisse tomber. Le point est que M. Ivey essaiera de prendre n’importe quelles deux cartes et de dominer ses adversaires lorsque c’est le jeu approprié du moment. Lorsque ce ne l’est pas, il ne le fait pas, tout simplement. Cette façon de faire est très éloignée de sous-estimer vos adversaires et de les forcer à faire des erreurs et ainsi à ne pas remporter chaque pot. Après tout, il est difficile de faire en sorte qu’un joueur va jeter deux as, peu importe les circonstances.

Souvenez-vous de ceci : si vos adversaires sont à ce point mauvais, vous ne pourrez pas les sortir du jeu de toute façon! N’essayez pas de bluffer un joueur qui ne sait même pas ce que vous faites. Je sais que vous vous dites que vous savez cela, mais je le vois quand même très souvent. Ne tombez pas dans le piège et regardez bien vos cartes dans le trou avant d’essayer de démolir la table.

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