Pourquoi nous n’aimons pas jouer contre des maniacs

Publié le 6 novembre 2008

« Comment devrais-je jouer lorsqu’il y a un maniac à la table ? »  Excellente question !  Nous savons tous ce qu’est un maniac.  C’est un joueur qui est sur agressif, et c’est encore peu dire.  Si le mantra « soyez sélectifs mais soyez agressifs » est intrinsèque au poker, le maniac n’a compris que la moitié de l’énoncé.  Il est agressif, ça oui.  Il a cependant complètement raté la partie sur la sélection.

Même si tout joueur réalise vite qu’une agressivité sans contrôle est une garantie de perdre de l’argent – du moins au long terme – la présence d’un maniac à la table affecte clairement le choix de mains de départs et les autres décisions stratégiques au cours de la main.  De plus, les maniacs semblent intimider plusieurs joueurs, même si ces derniers réalisent qu’ils feront plus d’argent à long terme avec leur présence à la table.  Plusieurs d’entre eux préfèreraient une partie plus tranquille, avec une variance moins crève c?ur.

Les maniacs, évidemment, s’alimentent de cette tension.  Ils adorent intimider les autres joueurs et c’est exactement ce qui les attire par le jeu.  Si cela vous fait penser au bully intimidant de l’ancienne cours d’école, vous avez probablement bien saisi le concept du maniac à la table.  Or, même si vous réalisez que le maniac joue de manière incorrecte – et affecte votre jeu directement en conséquence – quand un joueur relance constamment, ou sur relance quand quelqu’un s’en est chargé avant lui, le schéma devient vite déconcertant et intimidant.

Lorsqu’un maniac relance, vous saurez rarement ce qu’il a en main.  Est-ce légitime ou bluff t-il ?  Puisqu’un maniac est capable de relancer avec absolument rien, il est difficile de tirer des conclusions sur son jeu avec certitude.  Quand quelqu’un relance constamment, vous savez seulement qu’il ne peut avoir une bonne main à tous les coups.  Or, ce n’est pas le problème.  C’est de figurer quand la main du maniac est légitime qui représente le réel défi.

Décrivons les caractéristiques du maniac typique.  Si vous misez, il relancera et ce, même lorsqu’il n’a pas la main qui justifie cette décision.  Si vous checker, il misera.  De son coté par contre, il checkera rarement, sinon quand il est en position hâtive, a une réelle bonne main et tentera de poser un piège en check-raisant.

Quand quelqu’un mise, le maniac relance habituellement.  Si vous sur relancer, il est plus probable qu’il sur relance à son tour que de vous donner le crédit pour une bonne main et de simplement appeler.  Il est l’incarnation même d’un joueur à action, quoiqu’il montre toujours trop d’ambition en évaluant à la hausse la valeur de sa main, et en la jouant comme tel.  Il désire mettre le plus d’argent possible dans le pot et ce, le plus souvent possible.  Les maniacs sont dirigés par leur ego.  Miser, relancer et sur relancer sont les manières du maniac de prouver sa virilité.  Il préfèrera toujours vous sortir d’un pot que de vous battre légitimement au dévoilement des cartes.  Les maniacs sont aussi souvent auto destructeurs et perdent leur fond de roulement régulièrement.  Le problème est qu’ils ne coulent seuls que très rarement.

Avec un maniac à votre table, vous aurez besoin d’être conscient des changements que sa présence amène inévitablement.  À cause de sa tendance à relancer et sur relancer, plus de vos jetons seront à risque.  Perdez et vous perdrez probablement plus que vous l’auriez normalement fait.  Vos gains auront aussi tendance à être plus larges.  Si vous êtes un joueur gagnant, un maniac à la table augmentera habituellement vos gains moyens sur le long terme.

Si vos gains augmenteront sûrement, ce ne sera probablement pas une différence incroyable.  De l’autre coté de la médaille, la variance elle augmentera de façon dramatique sur vos résultats à court terme.  Pour le meilleur et pour le pire, vos résultats d’heure en heure fluctueront grandement puisque plus de jetons seront à risque dès que vous jouez une main.  Si vous êtes sur un fond de roulement limité ou avez de la difficulté à vous adapter à une telle volatilité, votre meilleur choix reste d’éviter les parties composées de maniacs.

Il s’agit ici d’un point clé que plusieurs joueurs semblent ignorer.  Bien que la plupart comprennent que le poker est un jeu de long terme et que les résultats quotidiens sont souvent peu représentatifs du grand schéma, ils gardent le désir de jouer jusqu’à ce que leur session perdante devienne gagnante.  On remarque cette attitude dans d’autres formes de jeu également.  Les parieurs sportifs par exemple utilisent le Super Bowl pour balancer leurs livres à la fin de l’année.  Bien que certains réussissent parfois à sauver leur journée, d’autres s’enfoncent que plus creux.  L’ironie de tout cela est que cette attitude ne change strictement rien.  Battre les sports book, les poneys ou le poker demande des capacités entièrement indépendantes de sortir gagnant de telle journée, semaine ou même mois.

Pourtant, quand certains joueurs se trouvent bousculés par un maniac qui frappe son jeu et amasse les pots importants d’une partie, un désire ardent de se refaire se prépare à exploser.  Ce n’est pas un mal en soi.  Ce qui l’est est de combiner cette volonté avec un comportement inadéquat tendant vers le risque, tout ça pour faire payer le maniac qui est sur une lancée.  Cela rend la plaie plus vive, la guérissant rarement.

Lorsque vous jouer contre un maniac, vous devrez faire des ajustements dans votre style de jeu tout comme dans votre attitude et perspective.  Vos mains de départ changent drastiquement dans leur valeur alors que presque tous les pots sont relancés avant le flop.  Lorsque vous essayez de vous y infiltrer à peu de frais en position hâtive ou moyenne avec une main comme 9-8 de même couleur, vous avez un problème lorsque ces maniacs sont à la table.  De telles mains fonctionnent bien dans les pots non relancés quand vous cherchez à frapper gros contre plusieurs adversaires qui risquent de vous payer quand votre main tiendra.  Le seul temps où vous pouvez jouer une telle main contre une machine à relancer chronique est en position tardive, quand le maniac a déjà agit et n’a pas relancé, vous laissant une bonne chance de voir un flop pour une seule mise contre plusieurs joueurs.
Vous vous trouverez alors à coucher plusieurs mains que vous joueriez normalement dans une partie moins frénétique.  Cela représente une frustration pour plusieurs joueurs, possiblement parce que cela les déloge de leur zone de confort.  Quoiqu’il en soit, il est déraisonnable de payer un prix élevé pour courir des mains qui ne le justifient pas, particulièrement quand la peur du maniac fait que moins de joueurs s’impliquent dans la main.

Les paires et les cartes hautes gagnent en valeur, tout comme votre position à la table.  Si vous détenez 9-9 et que le maniac relance avant que vous agissiez, vous devez sur relancer de manière à diminuer le nombre d’adversaires contre qui vous serez confrontés.  Si vous êtes chanceux, le maniac et vous jouerez la main en tête à tête.  Lorsque vous êtes en tête à tête avec un adversaire qui relance constamment, vous êtes favori lorsque vous avez une paire.  Évidemment, il y aura des situations où le maniac aura réellement une grosse main.  Il n’en demeure pas moins que la majorité du temps, vous l’attraperez à avoir relancé simplement pour satisfaire son désir d’intimider ses adversaires, bien avant les considérations stratégiques du poker.  C’est là que vous gagnerez le pot.

Si vous détenez une main comme AK ou AQ, vous pouvez également relancer afin d’être en tête à tête avec le maniac.  Si vous touchez une paire, vous avez probablement la meilleure main.  Ce n’est pas le problème.  Le problème survient lorsque le flop amène des briques.  Si vous avez AQ et que le flop vient 8-6-3, que devriez vous faire quand le maniac mise ?  Puisqu’il mise souvent avec moins que rien, il est tout autant probable qu’il ait frappé une paire – ou même frappé un brelan – que d’avoir complètement raté le flop avec une main comme J9.

Vous ne pouvez pas être certain.  Puisque le maniac peut très bien sur relancer si vous essayez de définir votre main en relançant vous-même, vous vous placez dans une situation de doute.  Ce sont des mains avec lesquelles vous pouvez décider de prendre une chance, tout comme vous pouvez employer une stratégie où vous couchez votre main lorsque le flop n’aide pas.  Certains appelleront simplement question de montrer au maniac qu’il n’est pas si facile de les sortir de la main.  C’est une décision de jugement qui s’avère tout sauf facile.  Parfois vous devez appeler, ou bluff-relancer, même si vous êtes underdog à ramener le pot, simplement parce que vous donner un avantage trop large à l’adversaire si vous le laisser prendre le pot à chaque fois qu’il mise et que vous avez raté votre main.  Même si vous détenez AK, vous ne frapperez une paire qu’une fois sur 3.  Or, le maniac est sujet aux mêmes lois mathématiques que vous.  Si vous entrez dans un pot avec la meilleure main, les chances que vous en sortirez gagnant sont proportionnelles.

Si vous êtes chanceux, vous frapperez suffisamment de flop avec vos grosses mains que vous serez en mesure de check-appeler sur le flop et check-relancer le tournant.  Cela pourrait même ralentir un peu le maniac puisqu’il devra éventuellement s’apercevoir qu’un check de votre part n’implique plus nécessairement de la faiblesse.  Il existe cependant plusieurs maniacs qui ignorent simplement ces informations qui leur sont données.  Quand vous jouez contre un maniac de cette ampleur, oubliez tout de la subtilité.  Cela ne fonctionnera pas.  Vous devrez frapper de grosses mains, le laisser bâtir les pots pour vous – ce qu’il fera avec plaisir de toute façon – et ensuite le piéger avec un check-relance qu’il appellera invariablement.

Le choix de siège est primordial contre un maniac.  Assissez vous toujours à sa gauche lorsque vous le pouvez.  Cela représente l’élément stratégique le plus important que vous pouvez effectuer avec un maniac à la table.  Puisque les maniacs relancent avec beaucoup de mains faibles, vous voulez être en position de le sur relancer à chaque fois que vous avez une main forte.  Chaque fois que vous êtes capables de mettre 3 mises avant le flop, vous avez de bonnes chances de jouer le maniac à un contre un.  Puisque vous sur relancerez avec des mains significativement plus fortes que celles avec lesquelles il relance, vous aurez l’avantage la majorité du temps.

Par contre – et c’est là le désavantage de jouer contre un maniac – vous serez parfois contre lui avec la meilleure main et perdrez quand même.  Cela peut aisément arriver quatre ou cinq fois de suite.  Une fois là, vous aurez perdu une quantité significative de jetons.  Vous ne pouvez laisser cette variance influencer votre jeu.  Vous devez continuer à investir vos jetons dans le pot lorsque vous avez l’avantage ou lorsqu’on vous offre le prix juste pour continuer dans le pot avec une main à tirages.  Si les montants commencent à vous torturer – si vous perdez plus d’argent que votre niveau de confort – considérez fortement vous lever et quitter pour la journée.  Si vous ne le faites pas, vous êtes susceptibles de laisser une perte déjà lourde devenir encore pire et rendre votre jeu inadéquat à battre vos adversaires.  C’est le moment de comprendre que de quitter pour la journée lorsque vous perdez n’est pas l’élément important.  L’essentiel est de jouer votre meilleur jeu tout le temps et de quitter lorsque ce n’est pas le cas.

Si vous êtes en mesure de vous asseoir à la gauche du maniac et de continuer de jouer sans égard aux résultats obtenus, les autres joueurs constateront que vous êtes aussi un joueur très agressif, quoique bien plus sélectif que le maniac.  Vos actions démontreront que vous n’avez absolument pas peur du maniac.  Votre image en sera rehaussée.

Bien que vos adversaires l’admettront que très rarement, plusieurs appréhendent les changements lorsqu’on maniac arrive à la table.  Comme vous sur relancerez personnellement qu’avec des mains ayant une valeur intrinsèque, les autres adversaires respecteront vos relances, sans égard au fait que le maniac soit impliqué dans la main ou pas.  Cela vous place dans une situation favorable à des bluffs occasionnels, particulièrement les fois où vous serez confronté à un seul adversaire qui semble timide ou joue trop serré.  N’oubliez pas, vos adversaires vous ont vu confronter le maniac et montrer une main valable à chaque fois où vous avez été appelé.

Bien que les maniacs puissent monter votre niveau de stress, il est important de garder la tête froide et de se rappeler qu’ultimement, ils ne sont pas plus forts que les cartes qu’ils détiennent.  De plus, de par leur style de jeu, ces cartes sont généralement plus faibles que les vôtres lorsque vous décidez de vous impliquer.  Tout et aussi longtemps que vous aurez la position sur le maniac, vous pouvez contrôler la nature hautement volatile du jeu en votre faveur sur le long terme.  Après tout, le pire ennemi du maniac est lui-même.  Ils n’ont qu’une arme en banque.  Ils ne connaissent qu’une chanson et ne chantent qu’elle.  Ils vous cassent les oreilles à la chanter constamment.  Or vous en connaissez aussi les paroles, tout en ayant une discographie beaucoup plus large que lui.  Leur seule force est aussi leur faiblesse.  Lorsque vous aurez maîtrisé votre stratégie pour défaire la sienne, leur propre chanson deviendra cauchemardesque.  Vous aurez gagné.
Lou Krieger.
Vous pouvez visiter Lou Krieger en ligne et voir ses livres à www.loukrieger.com . Son blogue est disponible à http//loukrieger.blogspot.com et lui écrire directement à loukrieger@aol.com
Traduit avec sa permission pour PrincePoker.com

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