Le “gap concept” ou principe de décalage

Publié le 15 avril 2010

Le gap concept est une autre notion théorique essentielle à un poker ABC correctement joué.  Introduit par le célèbre auteur de poker David Sklansky, il émet une idée simple et puissante :

« Un joueur a besoin d’une meilleure main pour suivre face à une relance que pour lui-même ouvrir l’action avec une relance initiale. »

Le gap, ou décalage, est donc l’ensemble des mains entre les mains que vous relanceriez d’une position, puis celles avec lesquelles vous appelleriez une relance, dans la même position.

Par exemple, si vous découvrez KJ sur le cutoff (la position à droite du bouton), il sera quasi automatique de relancer, advenant le cas où tous se sont couchés jusqu’à votre tour de parole.  Par contre, si vous avez la même main dans la même position, mais faites face à une relance du même montant que vous auriez vous-même relancé, il vaut souvent mieux vous coucher que de suivre.  C’est le gap concept. Vous avez besoin d’une meilleure main pour suivre une relance que pour relancer vous-même.

Ce décalage répond à deux problèmes.  Il compense d’abord pour le manque d’initiative de l’action, qui se veut un avantage monstre lorsqu’on le possède.  En effet, advenant que vous ne fissiez qu’appeler, et que vous ratiez le flop.  En ayant l’initiative, votre adversaire risque de miser (c-bet, ou mise de continuation), qu’il ait touché au flop ou non.  À moins de tourner votre main en bluff avec un float ( suivre au flop avec une main faible ou n’ayant pas touché le flop tel que désiré, dans l’intention de bluffer votre adversaire sur un tour de mise subséquent, si ce dernier montre de la faiblesse) ou une relance, vous devrez coucher votre main, sans savoir si vous êtes en avance ou si vous êtes derrière.

La deuxième raison de l’existence de ce décalage est le danger d’être dominé.  En effectuant une relance, l’adversaire affirme croire posséder la meilleure main à la table.  Que ce soit effectivement le cas ou non, c’est le message véhiculé par la relance.  Imaginez que vous décidiez de suivre avec KJ dans l’exemple précédent, puis que votre adversaire possède AJ ou KQ.  Advenant un flop ou vous frappez tous deux la meilleure paire, à quel moment coucherez-vous votre main exactement ?  Combien aurez-vous perdu, si ce n’est pas votre tapis complet, avant de réaliser que vous êtes second et entièrement dominé ?  En resserrant votre jeu lorsque vous faites face à une relance, le gap concept assure d’éviter ces situations de domination, trop souvent terriblement coûteuses.

Maintenant que la dynamique relationnelle relanceur/suiveur est mieux établie, comment le gap concept peut-il être utilisé à votre avantage ?

La première réponse à cette question est évidente :  Il suffit de le respecter en resserrant son jeu face à une relance, afin d’éviter d’être dominé, puis afin d’éviter d’approcher la main sans l’initiative de l’action.

En saisissant bien le concept, vous constaterez que vous pourrez également élargir votre gamme de mains à relancer lorsque vous aurez la chance d’ouvrir l’action, en position tardive évidemment.  Contre des adversaires qui comprennent eux aussi le concept, bien entendu, il peut devenir standard de relancer une main comme  J9s, deux positions à la droite du bouton, si l’on peut écarter ses adversaires de mains plus fortes que la vôtre, mais pas assez dans leur valeur absolue pour vous confronter.

De cet exemple découle un concept sous-jacent important, soit celui d’acheter la position.  Vous êtes deux positions à la droite du bouton et obtenez une main moyenne.  Si vous ne faites que suivre, vous savez que cutoff ou le bouton suivront ou relanceront.  Dès lors, ils auront l’avantage positionnel pour le reste de la main.  Or, si vous relancez vous-mêmes, vous avez de bonnes chances d’acheter la meilleure position.

Avec la meilleure position puis l’initiative de l’action, la force de votre main importe moins.  Vos options seront nombreuses après le flop, puis il sera facile de vous écarter de votre main lorsque nécessaire.

Le gap concept, lorsque judicieusement appliqué, vous aidera à vous placez dans des positions avantageuses, puis surtout à éviter les plus dangereuses.  En l’appliquant au jeu de vos adversaires, il vous permettra de considérablement varier votre gamme de mains à relancer, tout dépendant de votre position à la table, puis de l’action qui précède votre tour de parole.  Ainsi, vous apprendrez à acheter l’avantage positionnel avec des mains marginales, tout comme à coucher des mains jugées fortes, mais qui promettent de vous faire gagner soit un petit pot, ou d’en perdre un gros.

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