La longévité d’un pro

Publié le 28 décembre 2011

La semaine dernière sur PrincePoker.com, un thread portait sur les secrets de la longévité en tant que joueur soit pro, soit simplement sérieux. Le sujet portait aussi et surtout sur le désabusement qui guette ces joueurs.  En tant que vieux routier, je me suis senti interpellé; j’ai décidé d’apporter ma contribution au débat.

La raison #1 pour laquelle les pros lâchent le poker n’est pas reliée à l’argent. Plusieurs deviennent simplement blasés parce qu’ils n’ont pas réussi à trouver un complément dans leur vie. Personne ne décide un jour de découvrir le poker en devenant pro. Tout le monde y arrive pour le plaisir ou la curiosité.

Tu commences à jouer au poker pour le plaisir, ensuite pour la passion. Le poker devient ton passe-temps et occupe de plus en plus de place dans ta vie. Un jour tu découvres que tu joues assez bien pour gagner ta vie en jouant, si tu fais partie de cette infime minorité de privilégiés du moins.  Ton passe-temps devenant ton emploi, tu te retrouves sans passe-temps.  J’en ai d’ailleurs déjà parlé.

Souvent, tu as aussi négligé tes liens majeurs, soit ceux avec ta blonde/épouse, ta famille et tes amis.  Sans faire exprès, tu t’es coupé du “vrai monde” parce que ton “nouvel” emploi, à ses débuts tout particulièrement, requiert beaucoup de ton temps et surtout beaucoup de tes soirées.  En passant, pour ceux qui l’ont oublié, le soir est la période où les “autres” ont du temps libre ;)

Mais je m’éloigne! Le fait que ton passe-temps devienne ta job et t’éloignes de ceux que tu aimes, quand tu ne trouves pas un solide équilibre, cette facette te transforme sans même que tu t’en aperçoives.

Arrive un moment où, pour continuer à jouer et à aimer jouer, tu dois recentrer bien des choses. Premièrement, trouver un nouveau jouet, une nouvelle “bébelle” qui t’apporte du plaisir en dehors du poker. Que ce soit de retrouver ta famille, de découvrir un nouveau sport avec une nouvelle gang, un nouveau but à atteindre dans ta vie personnelle, peu importe: tu dois trouver quelque chose.

C’est ce quelque chose qui fait que ta qualité de vie est saine et que tu t’assois pour une session, heureux de retrouver ton écran ou ton poker room favori. C’est ce qui fait que tu continues à avoir le goût, et par ricochet à avoir du succès.

J’ai toujours dit qu’on ne mesure pas un pro en relation avec ses derniers 6 mois d’activité, ni ses deux dernières années d’ailleurs. Un pro, ça se mesure habituellement en période plus longue que cela.

Un pro se mesure avec le même baromètre que n’importe quel pro de n’importe quel domaine. Je vous donne la recette, ce sera votre cadeau:

Argent nécessaire pour arrêter et ne plus avoir à travailler divisé par nombre d’heures requises pour y arriver = nombre d’années nécessaires pour devenir pro :)

C’est très simple au fond. Que je sois joueur de golf, de poker, avocat (pas le fruit), vendeur d’assurances, peu importe. Je travaille pour moi et je suis payé selon ma performance. Plus je performe, mieux je suis rémunéré. Il me reste à savoir de combien j’ai besoin.

Je vais vivre jusqu’à 80-85 ans. J’ai des dépenses et j’en aurai toujours, donc je dois avoir des $$$ pour ma retraite. Donc, si je vis du poker et que je gagne 150K/an, je n’avance pas si je dépense tout au fur et à mesure. Tous l’ont compris, peu y travaillent.

Si j’ai gagné 150K en jouant au poker, cela doit représenter le montant NET relié à mon poker. Exemple, si l’an dernier j’ai fini dans l’argent lors de 4 tournois des WSOP pour un gain de 122k, mon gain est brut. En enlevant les dépenses reliées à ce gain, transport, logement, nourriture, frais d’inscription pour tous les tournois auxquels j’ai participé, mon gain sera probablement plus proche de 80k. Il est impossible pour moi de dire aux gens que j’ai gagné 122k aux derniers WSOP.

Je reviens à mes 150K. Évidemment, à la maison j’ai aussi des frais fixes: loyer/hypothèque, assurances, nourriture, folles dépenses, etc.  Il me restera probablement aux alentours de 80 à 100K une fois mes dépenses enlevées.

En investissant cette somme, un joueur atteint 2 objectifs: le premier, la sérénité. Si année après année je réussis à investir un 80K, peu de temps me sera nécessaire avant de réaliser que si jamais mon poker s’écrase, je pourrai faire autre chose, quelque chose de plaisant. Le second objectif: la réalisation que notre plan de carrière fonctionne.

Un bon planificateur sera alors en mesure de voir avec vous combien de temps vous devrez encore jouer au poker avant de penser à autre chose, pas moi! Peu importe, consultez un pro.

Remarquez que la même chose s’applique au pro en devenir, au gars qui a décidé de lâcher son emploi pour vivre du poker. S’il ne réussit pas à faire autre chose qu’à payer ses dépenses, alors selon moi ce n’est pas un pro. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne le deviendra pas éventuellement, mais pour le moment c’est ce que l’on appelle en bon français un Wannabe! Le monde est plein de wannabees d’ailleurs.

En fin de compte, l’important est de prendre les moyens pour ne pas se blaser du poker. Si tout ce que vous avez dans la vie est le poker, peu importe combien vous gagnez et dépensez, vous vous dirigez tout droit vers un précipice. Arrêtez, regardez, et ensuite reprenez votre cheminement.

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