Quelle histoire racontez-vous?

Publié le 13 novembre 2012

Gagner au poker, c’est essentiellement réussir à tromper ses adversaires mieux qu’ils le font eux-mêmes à votre égard.  Personne ne met de l’argent au milieu sans penser pouvoir remporter le pot et c’est celui qui réussit à maximiser sa valeur quand il a la meilleure main, puis à minimiser celle-ci dans le cas contraire, qui effectue au final le plus grand profit.  Gagner lorsqu’on a la meilleure main ne suffit toutefois pas évidemment.  Le joueur gagnant a un sens de l’odorat pour la faiblesse de ses adversaires et les opportunités qui en découlent, de manière à remporter des pots qui, si les cartes étaient ouvertes, ne lui seraient pas attribués.

De nombreuses compétences s’acquièrent afin de progressivement s’améliorer à la table de poker.  Pourtant, dès leur première partie, certains amateurs s’en sortiront très bien, alors que d’autres semblent plutôt vouloir faire office de guichet automatique.  Quelle est cette qualité pratiquement innée qui différencie rapidement les bons des mauvais joueurs?  Il s’agit de la capacité de raconter un beau grand conte de fées.

“Il était une fois, dans une vallée lointaine, Bernard qui découvrit des As Under the Gun…” OK,  bon, ce n’est peut-être pas tout à fait ça.  N’en demeure pas moins que le joueur raconte continuellement une histoire lorsqu’il est à la table.  Il la raconte à ses adversaires, dans l’espoir de les leurrer par ses gestes et paroles.  C’est là l’art de la tromperie, talent fondamental afin de s’enrichir en jetons.

L’amateur n’a pas besoin d’un baccalauréat en poker afin de tirer son épingle du jeu si, avant d’agir, il se pose continuellement la question:  “Quelle histoire suis-je en train de raconter?»  En misant ou appelant ici, qu’est-ce que je représente comme mains aux yeux de mes adversaires?  Et mon adversaire lui, après avoir misé preflop mais checké le flop, quelle histoire me raconte-t-il exactement lorsqu’il mise au tournant sur cette carte qui ne change pourtant rien à la dynamique du tableau?

Une partie de poker est une grande convention de menteurs où certains sont plus crédibles que d’autres.  Certains cyniques diront que c’est comme certains politiciens au fond.  Les meilleurs menteurs ont les poches les plus profondes.

Racontez-vous la bonne histoire?

Comprendre que de jouer au poker équivaut à raconter une histoire ne suffit pas, faut-il encore choisir la bonne!  C’est là que repose la notion de plausibilité.  Vous relancez preflop, je suis en position et le flop apparaît A ♥-J ♣-5 ♠.  Nous checkons tous les deux.  Le tournant est un 8 ♥, vous checkez et je mise, vous appelez.  La rivière est un 8 ♠.  Vous posez soudainement une large mise.  Quelle histoire me racontez-vous?

Au flop, en checkant après avoir misé preflop, vous annoncez beaucoup de faiblesse, ayant probablement peur de l’As étant apparu au tableau.  En checkant puis appelant au tournant, vous me racontez que vous avez probablement une main bien moyenne comme une paire de valets, une paire dans le trou, ou un tirage à la couleur.  Un nouveau 8 à la rivière apparaît et soudainement, vous me racontez que vous êtes particulièrement fort.  Est-ce crédible?

Si votre mise est un bluff, c’est là une question que vous auriez eu intérêt à vous poser.  En effet, à mois d’avoir un 8 en main, votre histoire fait peu de sens et ressemble beaucoup plus à un bluff avec un tirage manqué qu’à quoi que ce soit d’autre.  Avec votre mise, vous me racontez avoir un brelan ou une main pleine, ou à tout le moins un As fort.  Votre jeu jusqu’au tournant n’est toutefois pas représentatif de AA-JJ ou 55, ou même AK/AQ/AJ.  Je me demande maintenant:  quelle main pouvez-vous bien avoir qui contient un 8?  A8 aurait été misé au flop et toutes les autres combinaisons sont très faibles afin de justifier une relance avant le flop.  Êtes vous en train de me dire que vous avez 88 en main?  Si tel est le cas, étrange jeu au tournant Monsieur le Narrateur.  Bref, la crédibilité de votre histoire repose sur une ridiculement mince combinaison.  Ici j’appelle avec la majorité de mes mains et je m’attends à remporter un intéressant pot ainsi.  Oubliez le gardiennage, vos talents de conteur ne sont pas à point.

Pour bâtir un bluff, il faut prévoir plusieurs coups à l’avance, imaginer les différents scénarios de l’histoire, puis demeurer malléable au cas où l’intrigue ne prendrait pas la direction espérée.  C’est un peu comme une impro  au fond!  Ainsi, si vous voyez une situation transpirant la faiblesse et que vous désirez raconter avoir des As plutôt que la maigre paire de 4 que vous avez réellement en main, il faut agir conséquemment.  Avant le flop, il va sans dire que vous allez surrelancer lorsque le jeu arrivera à vous.  Après le flop, vous miserez probablement fort.  Vous êtes appelé?  N’oubliez pas, ce sont des as que vous avez en main, pas cette pauvre paire de 4 qui n’a aucune chance de remporter la donne.  Si vous pensez que votre adversaire ne bat pas vos As fictifs, ce dernier appellerait-il si vous posiez la mise conséquente?  Si la réponse est “probablement que non”, c’est en reposant une large mise au tournant, celle qui est cohérente avec votre histoire, que vous vous donnerez la chance de remporter le pot.  Ceci étant dit, comme pour tout bluff, il faut demeurer malléable.  Ce n’est pas parce que vous avez décidé de représenter deux As avec vos 33 qu’il faut nécessairement perdre tous vos jetons sur le flop 7-8-9!

Raconter une histoire au poker, ce n’est pas choisir une intrigue et s’y coller, aussi décousue puisse-elle devenir.  Au contraire, c’est de jongler avec les circonstances afin de repérer les moments ou sa crédibilité sera suffisante afin de tromper vos adversaires.

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