Les Poker Tells

Publié le 29 avril 2007

Comment ajouter, à votre poker « Live », un aspect qui n’a rien à voir avec les mathématiques, les statistiques ou la chance…
Lentement, il l’approche à son oreille, dévisse le dessus, puis mange la partie supérieure… Matt Damon vient d’attraper un « Tell » sur son adversaire Teddy KGB. Ce dernier, lorsqu’il est fort, dévisse son biscuit, le regarde mais ne le mange pas. Et lorsqu’il bluff, et n’a rien, il dévisse le biscuit, près de son oreille, et mange la partie supérieure. C’est ainsi, dans le film romancé, que Matt parvient à lui arracher tous ses jetons.
Être mathématicien ou statisticien ne vous seront pas de tout secours lorsqu’il sera venu le temps de tirer le maximum d’informations possibles sur vos adversaires à table. Les « Tells » sont typiquement du domaine du social et du psychologique. Plusieurs professionnels se sont avancés sur le sujet avant, certes, mais les ouvrages les plus reconnus, appréciés et constructifs nous proviennent d’auteurs d’expérience et dont les qualités sont fortes dans le domaine du psycho-social. Parmi ceux-ci je pense aux ouvrages de références qui sont de vraies bibles depuis longtemps, tel que le Caro’s book of Poker tells, de Mike « Mad Genius » Caro.
Voici un article pour vous permettre d’en apprendre plus sur le domaine des Tells. Je vous invite également, si vous en avez la chance, à prendre connaissance des ouvrages cités dans la bibliographie de l’article afin d’en apprendre plus sur le sujet.
QUELQUES EXEMPLES DE TELLS!
Empiler ses jetons, et les placer de façon à ce que lignes soient toutes alignées.
En général, il est reconnu que ce tell provient des personnes qui sont les plus organisées, qui recherchent la sécurité, et qui sont donc conservatrices. Ces personnes ont généralement le profit de leur session soit sur le dessus de leurs piles, ou à part, sur le côté. Ils sont à tout moment au courant de combien est leur profit. Dans une situation appropriée, vous pourrez donc bluffer dans une main contre eux, en misant légèrement plus haut que le montant de leur profit pour réussir à les faire coucher leur main de moyenne à forte, même.
Les bras croisés, bien relax, assis confortablement, accoté sur le dossier de sa chaise.
Normalement, une personne qui s’exprime avec son corps, les bras croisés, détendue et plus ou moins intéressée, laisse transparaître qu’il est plus ou moins attentif au jeu, qu’il n’est pas en mode « gambling » au moment présent. Il est donc recommandé de surveiller lorsqu’ils sont dans une main, si tel est le cas, c’est qu’ils détiennent probablement une main forte, puisque le reste du temps ils sont désintéressés. Je dirais que ce n’est pas le moment idéal pour décider de bluffer…
Lorsqu’un joueur participe à une main immédiatement après qu’il ait remporté une grosse main.
Au moment où une personne remporte un gros pot, quelques fois, la main suivante est distribuée avant même que cette dernière n’ait le temps d’empiler les jetons de son tout nouveau gain. Si au moment où elle reçoit ses cartes, elle s’attarde à celles-ci et décide de jouer sa main, on dit qu’elle aura alors une main forte. Par réflexe naturel, on est encore sur l’adrénaline de la main précédente, préoccupé à placer notre nouvelle victoire, à savourer le moment. On peut donc affirmer avec certitude qu’une main jouée dans ce moment précis sera inévitablement forte. Ce serait donc un moment à éviter pour bluffer. Réservez-vous que des bonnes mains à jouer lorsque vous observerez ce tell…
Couvrir sa bouche avec sa main pendant qu’on mise, ou durant la main.
Le joueur qui le fait n’est normalement pas conscient qu’il est en train de le faire. Par réflexe du sub-conscient on tente ici de cacher quelconque réaction faciale. Pourquoi aurait-on envie de se cacher les réactions si notre main est forte dans cette situation ? Le réflexe vient directement du fait que l’on veut délibérément cacher son mensonge. C’est donc un bon moment pour faire un bon call sur une main moyenne, ou même une très petite paire.
Le regard tombe rapidement vers les jetons, puis le joueur regarde autre part, l’air complètement désintéressé…
Encore une fois, comme une grande majorité des tells, par instinct naturel, notre regard tend à s’orienter directement sur nos jetons lorsque nous aurons l’intention de miser. Comme l’affirme Caro, faible veut dire fort et vice versa, dans un geste acté. Autrement dit, le premier réflexe naturel d’une personne ayant une main forte sera de regarder ses jetons, dans l’excitation de pouvoir enfin miser, puis de s’en rendre compte et de dériver son comportement pour qu’elle ait soudainement l’air désintéressée, et faible (et donc, en vérité, forte). Si vous avez la chance d’observer ce tell, (qui est considéré comme un des tells les plus importants à connaître et à éviter) avant d’avoir parler à votre tour, c’est le temps de jeter une main moyenne que vous auriez peut-être jouée autrement.
COMMENT LES RECONNAÎTRE ?
Penchez donc pour l’option d’être attentif à table, sans drogue ni alcool, sans distraction, livre ou autre. Tâchez de devenir multi-fonctionnel, omni-présent. Si vous arrivez dans une partie, et prenez un siège où les blinds ne sont pas encore là, au lieu de payer pour entrer, attendez, et profitez-en pour observer votre table, analyser vos adversaires, et ouvrir votre esprit à attraper le plus de tells possibles sur vos opposants. Méfiez-vous des opposants silencieux et concentrés, ils sont probablement, comme vous, en train d’analyser, de surveiller, de tenter d’attraper des tells sur les joueurs de la table.
CACHER LES NOTRES
Comment alors cacher nos propres tells ? Connaître ceux des autres est une chose bien utile, les reconnaître, et adapter notre jeu en cette fonction, c’est bien pratique, certes, mais nous en avons tous aussi, alors comment éviter de léguer plein d’informations gratuites à nos adversaires ? Certaines personnes auront comme idée, à la découverte des tells, de soudainement changer leur attitude à table et de commencer à faire des contre-tells. Ils iront donc prendre tout tell qu’ils connaissent, et les feront volontairement dans des situations contraires à ce qu’ils veulent dire normalement. De cette façon, ils tentent de déjouer leurs adversaires, de les duper. Cette attitude n’est pas mauvaise en soi, mais c’est un jeu auquel on peut se faire prendre. Vous pouvez vous y risquer certes, mais je préfère appliquer une autre méthode. J’essaye d’être tout autant attentive à mes propres gestes, mots et réflexes à table qu’à ceux des autres. La première chose à faire est d’être le plus neutre possible, de n’avoir aucune émotion ou réaction. Les lunettes fumées peuvent vous aider en la matière, ainsi que d’autres accessoires style capuchon et casquette, mais les objets ne sont que des objets, vous devriez donc plutôt vous concentrez à contrôler vos émotions directement à la source de celles-ci. Apprenez donc à ne plus rien ressentir devant l’excitation d’une bonne main, ou la déception d’un badbeat. Pourquoi contrôler ses émotions devant un badbeat, puisque ça se passe après la main me direz-vous ? Et bien parce que premièrement ça vous pratiquera à maîtriser la plus forte des émotions connues au poker. Puis, il va de soi que si vos badeats ne vous affectent plus, ou presque plus, vous n’en ressortirez que gagnant. Vous ne tomberez plus jamais « on-tilt », et donc ne jouerez plus vos mains suivantes incorrectement à cause de cet état de tilt… Le meilleur truc est de tenter de penser positif, de ne pas s’apitoyer sur son sort, et de penser, lors d’un badbeat contre un mauvais joueur, qu’il vous paiera au long terme. Ne soyez pas choqué contre lui, en réalité, rappelez-vous que l’on veut des joueurs comme ceux-ci, si tous étaient bons, personne ne ferait d’argent. Je vais même jusqu’à féliciter leurs actes, ou à les justifier pour eux de style : « T’avais pas le choix de caller, etc… » et ce, sans sarcasme, de façon à les encourager à recommencer. (Puisqu’une prochaine fois, ils vous paieront). Et finalement,
Il faut essayer également au cours de vos mains de toujours produire les mêmes gestes tant dans les mains fortes que les faibles. Si vous jouez avec vos jetons de deux ou trois façons différentes, tentez de penser au courrant de la main, à utiliser toutes ces méthodes, qu’elle soit faible ou non. Vous aurez ainsi une constance dans votre langage corporel. Si vous avez, par réflexe, mis votre main devant votre bouche durant un bluff, comme mentionné précédemment, refaites-le alors dans la main suivante, ou durant une main forte, pour ainsi retrouver une constance. Si vous parlez beaucoup au cours d’une main précise, faites-le encore dans d’autres mains, et ainsi de suite avec tous vos gestes et paroles. C’est ainsi que vous arriverez à mélanger vos adversaires, à leur laisser le moins d’informations possible.
LES TELLS SUR INTERNET…
Beaucoup de gens vous diront qu’ils jouent sur Internet pour bien des raisons, mais entre autres, parce qu’il n’y a pas les désavantages du « Live », dont laisser les gens lire des tells sur eux. Mais attention! Sur Internet aussi vous laissez des tells. Il va de soi que ce ne seront pas des tells physiques ou auditifs, mais vous en laissez quand même. Voici une brève description d’un « On-line Tell » : Un tell sur Internet est une préférence de jeu en-ligne que vous adoptez couramment. C’est une façon de miser, de relancer, de prendre votre temps, ou de jouer rapidement, et ce, couramment dans les mêmes mains, qui laisseront à vos adversaires la chance de vous lire dans d’autres mains, (selon Kathleen K Watterson, auteur, et pigiste pour Poker Pro Magazine).
Prenons un exemple, tel qu’il est mentionné dans l’article de Kathleen du Poker Pro Magazine. Si vous êtes sur une partie à l’argent en-ligne sur un site, ou sur plusieurs tables à la fois. Vous avez en tête de jouer plus tight, de sélectionner seulement les premiums hands. Fine! Mais… Voilà pour commencer, vu que vous êtes occupé un peu partout à la fois, que vous cochez régulièrement la case auto-fold sur presque tout, même les mains moyennes. Alors que vous êtes ennuyé par ce manque d’action, vous revenez à votre fenêtre, et découvrez alors deux AS rouges… Tout excité, vous cochez donc raise any (on est au limit, vous l’aurez deviné). Toutefois, voilà ce qui se produit… une personne appelle d’une position de début. Puis en position de milieu, une autre appelle aussi. Dès lors, juste devant vous, votre adversaire pense soudainement, et pense et pense, et au moment où presque tout son temps s’est écoulé, elle s’élance et relance… Comme vous aviez coché la case Raise any, en une fraction de seconde vous venez alors de tri-beter. Les autres derrière vous, et dans les blinds, ont maintenant une triple mise à appeler pour entrer dans la main. Un des joueurs qui avait appelé plus tôt se couche, et l’autre appelle. Le joueur juste avant vous décide alors de juste appeler aussi. Lorsque le flop vient Jack high, les deux autres joueurs passent jusqu’à vous et vous misez. Le premier se couche, et le joueur qui avait relancé devant vous ne fait qu’appeler et ainsi de suite jusqu’à la rivière. Au showdown, votre adversaire montre KK, et dis dans le chatbox, « J’savais que tu avais les AS, mais fallait que je vois! »
Qu’est-ce qui ne va pas avec cette main ?
Et bien, deux choses en réalité… Vous avez laissé deux tells très clairs, qui vous ont donc évité de faire plus d’argent avec cette merveilleuse main. D’abords, lorsque vous cochez le auto-fold à 80% du temps, et donc que votre main est toujours couchée, sans penser, à l’intérieur d’1 seconde, vous indiquez à vos adversaires qu’ils ont à faire à quelqu’un d’extrêmement serré. Ils seront donc ultra vigilants lors des mains dans lesquelles vous vous impliquerez. Puis, pré-flop, lorsque vous cochez le Raise any, vous perdez du business, ici. L’excitation d’avoir coché la case, qui vous fait donc réagir et relancer en moins d’une fraction de seconde, que ce soit tri-bet, ou quadruple, démontre une premium hand. De plus, vous permettez ainsi à tous les autres qui vous suivent de se coucher, le tri-bet étant plus difficile à appeler avec une main moyenne pour vos adversaires…
EN PRENDRE ET EN LAISSER…
Tous ces tells qu’ils soient vrais ou faux, fréquents ou rares, qu’ils s’appliquent aux pros ou aux nouveaux, restent des comportements humains, et nous savons bien que chaque humain réagit différemment face à diverses situations. Aussi ces tells peuvent très bien être connus de vos adversaires, et donc être « actés » afin de déjouer un adversaire. Par exemple, Mike Caro, comme Tell numéro 8, présente le Tell « Montrer sa main à une autre personne (qui n’est pas dans la main), pendant que vous la jouez », comme étant un Tell de force. La personne concernée va tenter d’impressionner la personne à qui elle montre sa main, par son jeu. Elle n’ira pas jouer une main médiocre devant une tierce partie, par réflexe. Toutefois, sachant cela, lors de votre prochaine partie, vous pourriez volontairement produire ce geste lors d’un bluff, pour induire vos opposants à l’erreur et ainsi vous démontrer du respect dans cette main… (Du même coup, vous impressionnerez peut-être votre spectateur par votre capacité de bluffer…) Tout cela pour dire que ces outils, ces conseils, ces ouvrages de références sont certes de puissantes armes pour le poker, mais n’en reste pas moins qu’il faut savoir en prendre et en laisser, se fier à son jugement, et continuer aussi d’impliquer les mathématiques, la théorie et les statistiques à son jeu, pour en faire un jeu le plus complet possible.
Sur ce, chers lecteurs, à très bientôt, et d’ici là, bon poker !
Cookie!
BIBLIOGRAPHIE :
Psychology of poker psymplified – De David Whalen
(DISPONIBLE SUR http://www.amazon.ca)
Online tells may be costing you money – De Kathleen K. Watterson
(DISPONIBLE DANS Poker Pro Magazine – July 2006 – p.100)

Comments

Powered by Facebook Comments

Autres nouvelles dans cette catégorie
L'épidémie moderne de relances au hold'em
Débutants: Êtes-vous du type tournoi ou partie à l'argent?
Quelle histoire racontez-vous?
Êtes-vous un joueur de poker du passé?
Qu'est-ce que le poker et une bouse de vache ont en commun?
HAUT DE LA PAGE