Les bûcherons et les aventuriers

Publié le 10 mars 2012

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Mike Caro est reconnu comme l’un des plus grands experts en terme de stratégie de poker, de psychologie et de statistiques. Reconnu comme “Le génie fou du poker” (The Mad Genius of Poker), Doyle Brunson dit de lui: “Mike Caro a enseigné à plus de joueurs à gagner au poker que quiconque dans l’histoire.» L’Université de Poker de Mike Caro, la stratégie de jeu et de vie (MCU), est accessible en ligne via www.poker1.com

Un article par le génie fou du poker – The Mad Genius of Poker- , Mike Caro.

N.D.L.R. Cet article de Mike Caro date de 1980, soit bien avant que la majorité d’entre vous ait découvert le poker. Repris en 1996 par Card Player, il illustre selon nous tellement bien la réalité du poker que nous avons jugé opportun de le ressusciter un autre 16 ans plus tard. Merci encore à Monsieur Caro qui nous a accordé le droit, surtout le privilège, de traduire ses articles.


Le premier article que j’aie écrit pour une revue de jeu apparut dans l’édition de novembre 1980 du Gambling Times. Le titre était “Fermiers et Aventuriers” et j’ai convaincu tellement de lecteurs qu’ils étaient des aventuriers  que des milliers d’entre eux ont dû faire faillite, leurs fonds de roulement (bankroll) mordant la poussière.

D’un autre côté, l’article fit probablement du bien à plusieurs joueurs. En lisant cet article 30 ans plus tard, voyez que je ne dis pas si c’est préférable d’être un aventurier ou un fermier. Je vous laisse la tâche de décider. Les fermiers, en passant, ont plus de chances de succès à long terme et de consolider leur fonds de roulement. J’aurais probablement dû le mentionner plus dans ma première publication.

Aussi, j’aurais mettre plus d’emphase à expliquer pourquoi les systèmes de gestion de fonds de roulement, tel le Kelly Criterion, sont vraiment en mesure de vous aider à décider quelle portion de votre fonds de roulement risquer – si survivre à long terme est votre objectif principal.

Maintenant que vous avez été convenablement avisés, je considère encore ce premier article comme l’un de mes favoris, et le voici:

Mike Caro

Les Bûcherons versus les Aventuriers

Je déteste la gestion de bankroll! Minute, ce n’est vraiment pas une façon de débuter un article sur la science et le jeu. Après tout, les experts s’entendent sur le fait que la saine gestion de son fonds de roulement est vitale pour la conservation d’un fonds stable et en santé. Désolé, j’ai juste échappé cette phrase avant d’avoir eu le temps de me retenir, et maintenant il est trop tard pour la reprendre.

Au moins, laissez-moi vous assurer que nous allons régler des choses bien importantes ici.

Bien, mais relisez la phrase d’ouverture. Est-ce que ça ne vous semble pas atrocement irresponsable provenant de quelqu’un présumé être un expert en tactiques de poker et en probabilités?

OK, laissez-moi vous expliquer. Vous vous souvenez probablement d’ avoir vu un poster au secondaire qui disait en grosses lettres “SEXE “, et en bas, en plus petits caractères, ” maintenant que nous avons votre attention, n’oubliez pas d’avertir vos parents de la rencontre parents-profs ce vendredi…” C’est une méthode de marketing testée et qui a fait ses preuves- débutez par quelque chose pour attirer leur attention, puis bombardez-les avec votre vrai message.

Mais n’est-ce pas un méchant truc, indigne de cet article? Bonne question. De toute manière, maintenant que la ruse a été utilisée, maintenant que nous avons extrait tout le plaisir et la frivolité de notre chemin, quel était le réel sujet de cet article?

Je vous l’ai déjà dit- la gestion du fonds de roulement, je déteste cela! Je déteste même le terme!

Ce qui me choque vraiment est de voir les gens qui prêchent en sa faveur. Ils s’appuient fortement sur un concept quasi spirituel de “blocage de pertes” pour les protéger. Ils vous réprimanderont si vous osez dépasser un certain montant perdu dans une session. Risquer moins est acceptable, mais risquer plus est un grave crime! Pas satisfaits de crier haut et fort que ce pourcentage magique leur fut révélé par un prophète dans la toilette des hommes, ils vont jusqu’ à dire que certains mathématiciens ont prouvé que leur méthode est la plus profitable des approches à long terme pour tous.

J’aimerais respectueusement faire remarquer la stupidité de ce conseil.

Premièrement: Une raison valable pour appliquer quelque méthode de gestion de pertes est de vous protéger contre une perte plus importante que ce que vous pouvez psychologiquement endurer. Une autre est de vous empêcher de perdre beaucoup trop lors de situations où vous auriez sérieusement surévalué votre potentiel de gain.

Inversement, ce serait inexcusable de cesser de jouer à une table de poker dans laquelle vous savez que vous avez une espérance de gain horaire de 50$,    que vous vous sentez en forme, vous voulez jouer, et si vous pouvez émotionnellement endurer une lourde perte. Si dans ces circonstances vous abandonnez 3 heures plus tôt que prévu, vous perdez 150$ en moyenne.

Deuxièmement: Il n’y a pas de maximum mathématique adéquat de votre fonds de roulement que vous devriez être prêt à risquer lors d’un certain jour, d’une certaine session. Le plus vous misez relativement à la grosseur de votre fonds de roulement, les meilleures seront vos chances d’atteindre de grandes richesses, et en même temps, le plus grand sera votre danger de vous ruiner. Lorsque vous risquez moins, vous prenez moins de chances, mais vous ne pouvez gagner autant. Alors, voici, la simple vérité. Le montant d’argent que vous devriez miser n’est pas dicté par quelque formule que ce soit. Il est déterminé par vous, votre état d’esprit, votre courage, quelle importance vous accordez à votre sécurité, et par votre tolérance à la douleur causée par la perte.

Il semble exister deux types de parieurs professionnels. Ceux qui bûchent patiemment, accumulant tranquillement, mais régulièrement leur fonds, méthodiquement, et ceux qui considèrent le gambling comme une aventure. Les deux groupes ont développé des techniques qui leur permettent d’obtenir un avantage sur leurs adversaires.

Les bûcherons prisent la sécurité plus que toute autre chose. Pour eux, je recommande un solide système de gestion de bankroll.

Les aventuriers sont prêts à risquer beaucoup de souffrance en échange de récompenses géantes. Ils préfèrent sautiller sur l’échelle du succès, craignant moins la mauvaise sensation d’une chute grandiose  que l’humilité de la stagnation. Ils sont les anciens héros des films de cowboys, prêts à miser leur ranch sur le tournant d’une carte!

Soyons honnêtes. Vous et moi admirons les aventuriers bien plus que les bûcherons. Quasiment tous les joueurs de classe mondiale que j’ai connus sont des aventuriers. À l’occasion, ils sont susceptibles de murmurer quelque chose à propos de gestion de fonds de roulement, mais ils ne s’en servent pas de façon très efficace. C’est simplement contre leur nature. Ils sont trop audacieux, trop courageux, et peut-être, trop casse-cou. Évidemment, ils tombent en ruine occasionnellement, mais pas tellement souvent, et ils peuvent endurer la douleur lorsque cela se produit.

Imaginez un match de poker hold’em sans limite en tête à tête entre un bûcheron et un aventurier. Mettons que chacun possède des habiletés identiques. Vous voulez un conseil? Ne misez pas sur le bûcheron. Il n’a pas le cœur.

Habituellement, les bûcherons ne joueront pas contre des adversaires de bon calibre de toute façon. Défiez-les et vous aurez une réponse qui ressemblera à ceci: ” Il y a cent parties plus faciles! Pourquoi voudrais-je jouer contre toi?” Les aventuriers ne pensent pas ainsi. Vous verrez deux champions du monde, Doyle Brunson et Bobby Baldwin- les meilleurs amis au monde en dehors du poker- s’affronter en tête à tête pour d’immenses sommes d’argent. Pourquoi? Simple. C’est de cette manière que l’on devient le meilleur. Vous ne pouvez devenir champion de boxe en donnant des volées aux petits enfants au parc. Tôt ou tard, vous devez vous battre contre quelqu’un susceptible de vous casser la gueule. Les Aventuriers accueillent chaleureusement cette perspective de rencontrer de redoutables adversaires. Les bûcherons courent et se cachent.

Les bûcherons ont tellement inondé le marché des livres de leurs concepts fétiche de gestion de fonds que les gambleurs sans soucis ne peuvent risquer trop de leur bankroll sans se sentir coupables.

Si un jour vous vous retrouvez tristes après une terrible perte, vous avez un ami. Je ne vous offrirai pas la morale,  uniquement de la sympathie. Si vous êtes un aventurier, sortez de votre cachette et proclamez votre style ouvertement! Michael John Caro croit que vous êtes un héros.

Traduit suite à une entente spéciale avec Mike Caro.  Toute utilisation totale ou partielle de la version originale ou traduite de cet article est interdite sans la permise écrite de Mike Caro.


Êtes-vous un bûcheron ou un aventurier? Discutez-en sur ce sujet du forum de discussion

Les faussetés du poker sans -limite

J’aime à réfléchir sur les choses. Pourquoi même le plus intelligent des chiens, comme un berger allemand par exemple, n’arrive-t-il pas à comprendre les statistiques? Des trucs comme ça.

Si vous avez immédiatement conclu que cette réflexion est une perte de temps, vous avez probablement décidé avec sagesse qu’ils ne le peuvent pas parce “qu’ils ne le peuvent pas”, puis avez passé à autre chose dans votre vie. Ce n’est pas mon cas.

Marooned

Ma vie est alors foutue et l’a été ainsi pendant des décennies comme je lutte, souvent futilement, afin de saisir le «pourquoi» au-delà de l’évidence. La partie la pire est que parfois, après avoir passé 12 heures à penser plus profondément que de la merde de baleine, je n’arrive toujours pas à esquisser une réponse.


J’appelle cela une journée complète et j’ai alors le sentiment que j’ai accompli beaucoup de choses. Non, je ne fume rien, mais merci de vous en préoccuper.

Qu’est-ce que cela a à voir avec le poker? Rien du tout, sauf peut-être que l’une des choses qui occupe mon esprit récemment est la nature contrastée entre le poker limite et sans limite.

Il existe de nombreuses théories concernant les différences entre le limite et le sans limite. Il y a aussi tous les semblants de conseils qui tombent à court d’être de la théorie, parce qu’ils semblent n’avoir aucune raison rationnelle exigeant leur énonciation. Aujourd’hui, je vais brièvement aborder trois de ces fausses idées sélectionnées. Dans l’avenir, je pourrai en examiner d’autres plus en détail, mais pour l’instant, nous allons nous concentrer sur certains malentendus fondamentaux.

Le poker sans limite est plus noble

Une fois, j’ai entendu la femme d’un homme rétorquer avec une fierté claire dans sa voix quand un ami lui a dit qu’il était dans une partie de Stud 7 cartes 50$/100$. “Bill lui est dans une partie sans limite là-bas” comme si cette partie avait un prestige particulier.


Cette partie en particulier était une hold’em sans limite avec des blinds de 2$/5$ et conséquemment, était beaucoup plus petite que la partie limite de stud 50$/100$. La plupart des joueurs expérimentés comprennent que c’est une idée fausse de penser à l’expression «sans limite” de cette façon. “Sans limite” ne décrit pas la grosseur d’une partie de poker.

L’expression décrit seulement le type de paris.

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