L’art du bluff

Publié le 23 novembre 2008

Le bluff revêt un caractère central et essentiel au Poker.  Sans lui, le jeu serait dénudé de son penchant psychologique et se réduirait à une simple épreuve mathématique.  Il s’agit de l’aspect qui rend le jeu si émotif et lui donne par le fait même son caractère compétitif et glorieux.  Un seul bluff au bon moment peut rendre un inconnu célèbre, tout comme au contraire, s’il en est victime, détruire l’aplomb d’un pro.  Parlons en à Chris Moneymaker, le champion des désormais célèbres WSOP 2003, qui grâce à un bluff osé mais réussi contre son adversaire en tête à tête Samy Farha, (qui était perçu comme favori malgré l’avance de Moneymaker en jetons) se démarqua pour finalement remporter le tournoi.  Ce bluff figure aujourd’hui comme un moment marquant de l’histoire du poker, alors qu’un amateur allait remporter les plus grands honneurs du mythique tournoi.

Aussi fondamental le bluff soit-il dans une stratégie avancée de poker, il suffit d’observer dans les salles et parties amicales autour de nous pour réaliser à quel point l’arme du bluff est souvent mal utilisée.  Si c’est souvent cet élément précis du poker qui amène les nouveaux joueurs à la table, c’est aussi celui qui leur rendra la vie si difficile par la suite.

La vérité est que le bluff est, de manière générale du moins, trop et mal utilisé par les joueurs débutants.  Ces joueurs recherchent souvent l’excitation de fièrement dévoiler leur bluff réussi, risquant par le fait même trop de jetons, trop souvent, pour un potentiel de gain insuffisant.  Nombre d’entre eux croient que le facteur rendant un joueur gagnant au poker serait sa capacité à bluffer ses adversaires le plus souvent possible.  Or, il serait plus juste d’affirmer que la qualité partagée par les meilleurs serait plutôt la capacité de bâtir des bluffs rationnels et surtout, de trouver exactement le moment propice pour le mettre en place.

Il serait donc vrai d’affirmer sans trop se risquer qu’un joueur qui ne bluff jamais aura plus de succès qu’un autre qui bluff trop souvent et aux mauvais moments.  Pourtant, un joueur rayant cet outil de son coffre aura non seulement un potentiel de gain limité, il deviendra aussi trop prévisible pour ses adversaires, ce qui risque même de le rendre carrément perdant à moyen terme.  Quel compromis est-il juste d’adopter alors ?

Il existe un sous concept au bluff couramment appelé semi-bluff qui se veut un atout incroyable pour les joueurs dans leur perfectionnement.  La différence essentielle avec le bluff pur réside dans le fait que le joueur, s’il rate son bluff, conserve néanmoins des chances plausibles de remporter la main.

À titre d’exemple, admettons que vous avez un double tirage à la quinte avec J-10 sur un flop venant K-8-9.  Votre adversaire qui agit en premier mise.  Vous le croyez faible et jugez qu’il détient au mieux une paire qu’il pourrait possiblement être en mesure de coucher.  Plutôt que de suivre sa mise et espérer compléter votre tirage au tournant, relancez-le !  Vous vous donner ainsi la chance de laisser votre adversaire faire une erreur, soit celle très claire de coucher la meilleure main.  Vous venez d’effectuer un semi-bluff de base.  Poussons le concept un peu plus loin.  Supposons maintenant que votre adversaire suit votre relance au flop et que vous ne complétez pas votre tirage au tournant.  Votre adversaire, qui agit en premier, « check ».  Si vous croyez que cette nouvelle carte n’aide pas votre adversaire et conservez ainsi votre jugement initial sur la force de la main de votre adversaire, vous pouvez, grâce à votre jeu au flop, poursuivre votre bluff en effectuant une autre mise.  Vous placez alors votre adversaire dans une position inconfortable.  Ce dernier sait qu’il serait inutile d’appeler la mise s’il n’est pas prêt à faire de même à la rivière, ce qui signifie de jouer un pot de valeur élevée avec une main marginale.  Il est plausible de croire que votre adversaire couchera sa main et vous remporterez un pot décent grâce à un semi-bluff bien construit.  Une autre possibilité qu’amène ce jeu au flop est la possibilité de prendre une carte gratuite au tournant.  Cette option peut s’avérer préférable contre des adversaires plus ouverts qui ont tendance à se sentir bluffés ou qui refusent simplement de coucher une main lorsqu’ils ont frappé, même marginalement.

Comme pour toute situation au poker, il n’y a pas de manière absolue de jouer une main et ce qui fonctionne contre tel adversaire peut échouer contre un autre.  En bâtissant vos bluffs autour de vos tirages, vous conservez la chance de compléter votre main lorsque votre tentative échouera.  N’abusez pas du concept non plus !  Un adversaire observateur pourrait s’en rendre compte et jouer ses excellentes mains de manière passive afin de vous coincer.  Le secret réside toujours dans l’équilibre et dans la capacité de varier son jeu au bon moment.  Évitez d’être prévisibles !

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