La variance au poker

Publié le 12 janvier 2012

Dernièrement, j’ai lu plusieurs messages de joueurs qui prônent que le poker en ligne est arrangé, que certains sites les font plus perdre qu’un autre site, qu’ils ont de meilleurs résultats en vrai, qu’ils ne font que recevoir des mains crève-cœur en jouant parfaitement, etc.

Tout d’abord, laissez-moi rouler des yeux virtuellement pour vous…

Mes chers joueurs, il y a quelque chose que vous ne connaissez pas du poker. C’est la « variance ». Permettez-moi de vous expliquer ce qu’est la variance, comment elle influence votre poker et les moyens dont vous disposez pour la combattre.

La variance est la différence entre vos gains réels que vous connaissez à court terme par opposition à vos gains théoriques (selon la probabilité mathématique de gagner).

Par exemple, vous faites tapis avant le « flop » avec une paire d’as contre une paire de dames. L’adversaire touche une dame pour faire un brelan. Avant le « flop », la paire d’as est en avance à environ 80 % contre 20 %. Donc, vous devriez gagner 8 fois sur 10. Or, en une semaine, vous perdez quatre fois avec votre tapis AA avant le « flop ». Vous direz ainsi que vous êtes malchanceux.

Mais pensez-y. Si vous lancer une pièce de monnaie dans les airs et choisissez face, ne devrait-elle pas tomber sur face une fois sur deux (50 %)? Vous savez bien que c’est impossible. Si vous le faites 1 000 fois de suite, à tous les coups, le côté pile tombera 13 fois de suite. C’est un exemple de variance. Mais au bout des 1000 fois ou peut-être même un peu plus, la moyenne de face et pile devrait être de 50 %.

C’est exactement la même chose au poker, et croyez-moi, la variance peut s’étaler sur une longue période. À la longue, avant ou suite à cette mauvaise séquence qui vous hante, vous vivrez une période de variance positive, où vous allez être celui qui gagne avec une paire de dames contre AA dans un tournoi d’une grande envergure lorsqu’il reste 12 joueurs. Mais ça, vous allez vite l’oublier et ne vous en plaindrez pas.

Autre fait important : la mémoire est sélective. Lorsque vous gagnez en étant derrière, il est très rare que vous vous le rappeliez. Mais vous vous rappelez comment vous avez perdu chaque fois. Si vous ne me croyez pas, faites un exercice et notez les fois où vous gagnez en étant derrière. Vous allez voir que votre feuille se remplit rapidement. Et cela ne veut pas dire que vous avez mal joué la main non plus.

Vous comprenez maintenant que la variance est le pire ennemi du joueur de poker et aussi le meilleur ami dans certains cas. Personne n’y échappe, Jonathan Duhamel, Phil Ivey, Daniel Negreanu et Roger de Sept-Îles. Alors que pouvez-vous faire? S’apitoyer sur son sort n’est pas une option!

1- Comprenez et acceptez la variance. Elle va arriver. Vous allez la subir. Elle ne doit pas nuire à votre jeu et à votre moral. Vous devez pouvoir continuer à bien jouer pendant cette période. C’est beaucoup plus difficile que l’on pense. Lorsque vous me dites que vous jouez parfaitement : foutaise. Tout le monde est affecté psychologiquement. Vous devez relativiser les choses; lorsque ça va très bien, ne pensez pas que vous êtes le meilleur joueur et que vous n’avez rien à améliorer. En revanche, lorsque ça va mal, ne pensez pas que vous êtes le pire et que tout vous arrive seulement qu’à vous.

Certes, la variance nous fait faire des erreurs, même si elles sont petites. Vous irez moins chercher de profits sur certaines mains, vous ne continuerez pas votre bluff quand vous savez que vous devez faire tapis à la rivière pour faire coucher votre adversaire, etc. Vous devez aussi comprendre qu’il y a une partie chance au poker qui est extrêmement importante; si les bons joueurs ne faisaient que gagner et les mauvais joueurs que perdre, le poker n’existerait pas. Les mauvais joueurs doivent aussi gagner.

2- Gérez votre portefeuille de gains de poker. Je vous en ai déjà parlé et je vous le redis encore. Lorsque ça va mal depuis une bonne période de temps, n’ayez pas peur de descendre de limite. Vous jouez du 1-2$ sur internet et vous avez perdu 8 000 $ (40  achat maximal de partie à l’argent), allez jouer du 0,50 – 1,00 $, rebâtissez votre confiance et travaillez votre jeu.

3- Jouez plus de mains et pensez au long terme. Je ne dis pas cette affirmation pour vous encourager à jouer plusieurs heures par jour et vous enfoncer dans une roue sans fin. Cette prémisse est plutôt destinée aux joueurs réguliers ou qui aspirent à plus au poker, et qui ont les reins solides pour s’attaquer à la réalité du poker.

Lorsque vous jouez peu, le long terme peut être très long. Une mauvaise passe pourra donc sembler éternelle. Par exemple, si je joue 50 000 mains en ligne par mois, et que vous en jouez 1 000 par mois, il se peut que la variance joue contre vous pendant plus d’un an. De mon côté, j’aurai la même variance, cependant elle pourra être de moins longue durée, mais elle sera sur un grand nombre de mains. Aussi, lorsque vous jouez en vrai, peut-être voyez-vous 20 mains à l’heure. En ligne, vous voyez 60 mains à l’heure et vous pouvez jouer plus d’une table à la fois. Vous jouez donc un plus grand volume en ligne et cela peut aider à diminuer la variance au long terme. Cependant, si vous voyez que vous jouez mal et que la variance joue trop contre vous, le fait de jouer plusieurs tables en étant déconcentré peut vous être fatal. Il faut que vous connaissiez vos capacités et limites pour vous attaquer à ce concept.

4- Les tournois sont à haute variance. Effectivement, en tournoi, vous n’avez qu’une vie. Si la variance vous frappe, vous ne pouvez habituellement pas racheter et vous ne pouvez pas reprendre aux joueurs que vous jugez mauvais. En partie à l’argent, il est possible de racheter, donc techniquement si vous êtes meilleurs que celui qui prend vos jetons, vous devriez être capable de rechercher vos avoir. Aussi, vous n’avez jamais un petit « stack », car vous pouvez toujours racheter pour être au maximum. Vous n’avez pas le facteur du temps où les mises à l’aveuglette augmentent et que vous devez faire tapis avant le « flop ». Cela peut aussi réduire la variance.

Pour conclure, sachez que tous vivent la variance, alors vous n’êtes pas pire qu’un autre. C’est la façon de passer au travers qui démarque un bon joueur d’un joueur moyen. Lorsque vous vous apitoyez sur votre sort ou blâmez les sites, les cartes, les mauvais joueurs, etc., vous passez à côté de l’essentiel : le travail. Au poker, il faut constamment se remettre en question et travailler notre jeu. Il faut penser plus loin que les autres.  Je peux vous assurer qu’aucun joueur de poker professionnel n’aura pitié de vous lorsque vous leur direz que vous recevez toujours des mains crève-cœur. Alors, gardez le côté négatif pour vous, et plutôt posez des questions afin de comprendre comment vous pourriez améliorer votre jeu, votre état psychologique et même votre vie. La façon dont nous pensons au poker reflète souvent la réalité de qui nous sommes dans la vie. Je pense aussi fermement que nous sommes capables de créer notre chance, peu importe le sujet ou domaine.

Ne lâchez pas et commencez 2012 du bon pied!

Laurence « Lady Luck »

Professionnelle pour Espacejeux

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