Jouer selon le calibre de l’adversaire

Publié le 23 décembre 2004

Un des aspects que je considère crucial au poker, et sur lequel la littérature insiste trop peu, est qu’il survient de nombreuses situations où la décision entre jouer une main ou non ne se prend non pas selon les cartes mais selon le calibre respectif de chaque joueur. Ce phénomène s’explique par les cotes implicites.
Les cotes implicites sont parfois faussement perçues comme étant fixes, alors qu’elles sont grandement variables selon les adversaires. C’est également la raison pour laquelle il est dit souvent que les professionnels peuvent se permettre de jouer plus de mains que les novices; les professionnels arrive a obtenir de meilleures cotes implicites et en offrent moins à leurs adversaires. Voici un exemple pratique expliquant le pourquoi.
Situation: Une partie de stud 10-20$, avec ante de 1$ et bring-in de 3$. Les cartes sur le tableau sont les suivantes : 6h , 3h , Qc , Qh , 7s , 4s ,Ts . Vous affichez la Qh et vos cartes cachées sont (J 8 ). Tout le monde se couche jusqu’à vous et vous égalisez le bring-in avec votre main moyenne. Le 4s sur le tableau y va pour une relance et vous vous retrouvez en tête-à-tête contre lui. Connaissant bien votre adversaire, vous savez que pour faire une telle relance, il a soit une paire de roi, soit une paire d’as cachée. À la 4eme, vous recevez un 4s, ce qui est très prometteur afin de compléter votre couleur, sauf que votre adversaire paire son 4s et affiche maintenant (X X ) 4s 4d . Votre adversaire opte pour la double mise, devriez vous égaliser ou non ?
Pour répondre à cette question, il est nécessaire de faire l’analyse de la situation. Le montant dans le pot à ce moment précis est de 50$ ((1$ x 7 +3$) + (10$ +10$) + 20$) et il vous en coûtera 20$ pour voir la 5eme et également 20$ pour les cartes subséquentes. Vos chances de compléter votre couleur à la 5eme sont 15.2% (7 sur 46) et vos chances de gagner la main contre deux paires à l’as ou au roi sont entre 34% et 38%.
Cependant, toute cette information ne vous permet pas de décider si vous devez égaliser ou vous coucher. La réponse dépend des cotes implicites que vous donnera votre adversaire. Si votre adversaire est un pro et sait pertinemment que vous avez un tirage de couleur, il va coucher sa main si vous compléter votre couleur à la 5eme, car il sait qu’il aura maintenant environ que 16% de chance de gagner (s’il n’a pas trois de la même couleur dans ses 5 cartes), ce qui est insuffisant pour égaliser à la 5eme car il lui en coûterait 40$ dans l’espoir d’en gagner au maximum 210$ c’est-à-dire 19% du coût pour 16% de chance de gagner la main. Il coucherait également sa main si vous compléteriez votre couleur à la 6eme pour les mêmes raisons. Autrement dit, il annulerait presque toutes les côtes implicites que vous espérez de lui, ce qui ferait en sorte qu’égaliser à la 4eme serait incorrect de votre part contre ce genre d’adversaire. Par contre, si vous vous retrouvez dans la même situation mais contre un adversaire médiocre, qui non seulement payerait si vous complétiez votre couleur, mais qui en plus vous ouvrirait la porte à une relance, il vous en coûterait alors environ 60$ mais dans l’espoir d’en gagner 210$ ce qui représente 28% du coût alors que vous avez plus que 28% de chance de gagner la main (de 34% à 38% comme j’ai dit plus haut).
On peut donc conclure de cet exemple qu’il existe beaucoup de situation au poker où c’est votre estimation du calibre de votre adversaire, et par surcroît la justesse de cette estimation, qui dicte si l’acte d’égaliser est mathématiquement correct ou non. Même si ce concept est plus important au hold’em sans limite, il a sa place dans toutes les autres variantes de poker. J’invite en conséquent les joueurs studieux à étudier en profondeur ce concept pour découvrir quand ils se retrouvent dans de telles circonstances. Voici quelques pistes qui j’espère pourront vous aider.
- Plusieurs tirages ne doivent pas être joués si personne ne paie s’ils sont complétés.
- Un éventail de mains sont difficilement jouables si vous payez vos adversaires à chaque fois qu’ils complètent leur tirage (Et après, allez vous plaindre que vous êtes malchanceux !).
- Certaines mains sont jouables uniquement s’il est possible d’obtenir une carte gratuite en cours de route. Il m’arrive par exemple de jouer des mains normalement injouables en sachant que mon adversaire me donnera une carte gratuite par peur d’une relance ou d’une embuscade (check-raise).
- D’autres mains (petite paire avec bon acolyte au stud) deviennent injouables si vous payer au dévoilement sans les avoir améliorées.
- Paradoxalement, certaines mains dans des conditions particulières deviennent injouables si l’adversaire a de bonnes chances de bluffer puisque vous allez vous coucher si vous ne vous améliorez pas, et qu’il ne vous donnera pas de cotes implicites et se couchera si vous le relancer. Il existe littéralement des situations où si l’adversaire bluffe, le jeu correct est de se coucher (ou de relancer en semi-bluff !!) et s’il a réellement son jeu, vous devez le suivre.
En conclusion, les joueurs qui n’arrivent pas à faire payer les autres joueurs quand ils ont un jeu, mais qui payent leurs adversaires quand ceux-ci ont un jeu, devraient sérieusement songer à revoir leur stratégie !!

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