Comment calculer les côtes implicites

Publié le 20 février 2009

Article publié conjointement dans le magazine Summum et sur PrincePoker.com

Suite de l’article Comment calculer simplement les côtes du pot.
L’article du mois dernier expliquait le concept des côtes du pot.  Nous avons appris comment les calculer et surtout, comment les appliquer aux situations qui se présentent pendant le jeu.  Si ce concept est essentiel et même intrinsèque à une compréhension adéquate du poker, il n’en demeure pas moins assez limité en lui-même.  En effet, dans un jeu tel que le Texas Hold’em sans limite, bien que calculer les côtes du pot sera toujours nécessaire, cela vous mènera à une décision finale et incontestable seulement lorsque vous serez all-in contre un seul adversaire, connaissant avec quasi certitude la main qu’il détient.  Or, nous savons que ces conditions se présentent rarement et que la plupart des décisions à prendre à la table impliquent beaucoup plus d’éléments à considérer.  Le poker est un jeu complet où seules les mathématiques ne suffiront pas à assurer une domination sur ses adversaires.  Afin d’améliorer sa prise de décision, explorons un concept sous jacent aux côtes du pot et ô combien puissant lorsque correctement utilisé.  Particulièrement important dans les variantes de poker sans limite, je parle ici des côtes implicites.

Nous avons défini que les côtes du pot représentaient « le ratio entre l’argent à mettre dans un pot versus l’argent à gagner dans ce même pot ».  Pour une explication détaillée du concept, je vous invite à vous référer à l’édition de Summum du mois dernier.  Les côtes implicites rajoutent un simple élément à cette définition.  Plutôt que de calculer l’argent à investir versus l’argent à gagner étant présentement dans le pot, on définirait plutôt le concept comme « « le ratio entre l’argent à mettre dans un pot versus l’argent à gagner, soit l’argent présentement dans le pot plus celui que je suppose soutirer lorsque je complète ma main. »

La compréhension de cette notion supplémentaire représente souvent un gros pas en avant pour les joueurs en progression.  C’est un réel élément déclencheur qui porte leur jeu au niveau supérieur.  L’appliquer convenablement représente cependant le réel défi.  En effet, si les côtes du pot s’encadrent dans une formule mathématique définie, les côtes implicites demandent de déduire des montants à l’aide d’informations qui n’ont rien à voir avec les mathématiques, mais plutôt avec des renseignements subjectifs tels que l’image des joueurs à la table, leur état d’esprit, leur niveau de pensé, etc.  Démêlons le concept des côtes implicites à l’aide d’un exemple.

Vous êtes sur le bouton contre un seul adversaire.  Vous détenez Q(pique) 5(pique).  Vous voyez un flop K(pique) 6(pique) 10(carreau).  Le pot est alors de 25$.  Votre adversaire a un tapis de 200$.  Le vôtre est de 240$.  Votre adversaire mise 15$.  Vous croyez qu’il a frappé son Roi, sans en être sûr.

Si l’on se fie essentiellement aux côtes du pot, cela nous coûte 15$ dans un pot de 40$ pour un ratio de 37.5%.  Nous frapperons notre couleur environ 25% du temps sur la prochaine carte.  Cela nous coûte donc théoriquement trop cher.  Je devrais coucher ma main.

Coucher sa main ici représente cependant une énorme erreur dans la plupart des cas.  Pour prendre une décision juste, il faut considérer les côtes implicites.  Voyons comment procéder :

Nous devons estimer combien d’argent supplémentaire ira dans le pot si je frappe ma main.  Autrement dit, il ne s’agira plus de calculer le ratio de 15$ dans le pot de 40$ mais plutôt 15$ sur l’argent total que je crois pouvoir soutirer de mon adversaire (pot + ses mises futures).  On constate ici que ce montant additionnel dépend essentiellement de l’adversaire.  Il n’y a donc pas de réponse absolue à ce problème.  L’épreuve consiste à bien reconnaître les éléments qui feront varier ce montant, puis à estimer ce dernier le plus précisément possible.

Ici, nous savons que nous avons besoin d’investir moins du quart de l’argent potentiel à gagner pour que continuer dans la main représente le jeu optimal.  15$ représente le quart de 60$.  Je dois donc aller chercher un différentiel de minimum 20$ (le 60$ nécessaire moins le 40$ actuel dans le pot) pour que suivre soit profitable.

On en arrive à la question centrale des problèmes de côtes implicites : Cet adversaire spécifique me paiera-t-il plus de 20$ supplémentaire si je frappe ma couleur ?

Si mon adversaire est du style maniac agressif, je suis persuadé qu’il misera encore au tournant, puis certainement à la rivière.  Le bon jeu est alors de suivre au flop, puisque c’est la manière dont je soutirerai le plus d’argent de cet adversaire.  Je dois évidemment aussi m’assurer que cet argent soutiré soit suffisant pour rendre le calcul des côtes implicites profitable.

Si mon adversaire, au contraire, est très passif ou du style peureux, relancer peut alors être l’option la plus profitable.  En effet, il y a de bonnes chances qu’avec une relance, mon adversaire songe à coucher sa main.  Même s’il suit, il checkera automatiquement le tournant, me donnant une carte gratuite à la rivière pour compléter mon tirage.

Si mon adversaire est très serré, il est également possible que coucher sa main demeure la bonne option.  En effet, si j’estime que mon adversaire n’investira pas de montant supplémentaire si une carte complétant la couleur tombe, le calcul des côtes du pot demeure inchangé et je devrai coucher ma main.

Le poker est essentiellement un jeu d’information incomplète.  Un joueur professionnel se démarque par sa capacité à bien intégrer l’information qu’il reçoit, puis de la placer dans un cadre mathématique pour en arriver à la décision la plus profitable.  Les côtes implicites sont essentielles à considérer, particulièrement dans les parties sans limite et avec des tapis profonds.  Il ne suffit cependant pas de comprendre le concept pour l’appliquer correctement.  Cette notion est directement dépendante de ce que je sais sur mes adversaires.  La vraie qualité à acquérir ici n’est donc pas que mathématique.  Il faut avant tout et en tout temps être capable de se situer par rapport à ses adversaires.  Il faut définir avec le plus d’exactitude où l’on se situe personnellement et en tirer les conclusions appropriées.  Il n’existe aucune recette magique pour acquérir ces qualités.  Il suffit de pratiquer !

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