Le heads-up final de Jonathan Duhamel

Publié le 10 novembre 2010

Par Olivier « rattlesnake » Racine

Saviez-vous que vous étiez plus de 100 000 Québécois qui suivaient Jonathan lundi soir, très tard, sans trop vous soucier que vous travailliez le lendemain matin? Même si nous sommes à l’autre extrémité de l’Amérique du Nord, nous sentions votre présence et votre support envers le nouveau champion du monde, Jonathan Duhamel.

Je bénéficiais d’une place de choix pour le duel final : j’étais assis avec la famille Duhamel et quelques amis, aussi chanceux que moi, à environ 4 mètres de la table finale. Je n’avais plus besoin de tenter de lire sur les lèvres des joueurs pour deviner leur prochaine action, je l’entendais.

Avant que l’action débute, nous avons assisté à l’intronisation de Dan Harrington et d’Erik Seidel au temple de la renommée du poker. Des célébrations méritées, mais qui m’ont semblé un peu longues puisque c’est le duel entre Duhamel et Racener que j’anticipais. Jonathan avait une énorme avance au niveau des jetons; il en avait 6 fois plus que Racener (189 millions vs 31 millions). Avant que la partie ne recommence, je ne donnais pas cher de la peau de l’Américain. Lorsque j’ai appris que le légendaire Phil Hellmuth lui avait offert du coaching avant le heads-up, je savais que c’était dans la poche pour Duhamel. Oui, Hellmuth détient 11 bracelets des WSOP, mais il n’est plus dominant comme il l’était dans les années 1990 alors que le poker n’était pas pratiqué avec autant d’agressivité que le poker moderne.

L’action commence et Duhamel remporte les deux premières mains. Il transpire de confiance et Racener semble un peu perdu en optant pour un style de jeu sans agressivité alors qu’il se doit de doubler pour revenir dans la partie. Racener décide de simplement compléter son small blind, pratiquement à toutes les occasions, au lieu de relancer et de voler quelques pots. Jonathan est probablement surpris de sa stratégie, mais ne dérape pas de son plan. Il profite de la mollesse de Racener pour voir la grande majorité des flops gratuitement.

Les jetons s’échangent un peu de chaque côté sans trop d’éclat. Racener continue de mâcher sa gomme, sa mère ne lui ayant probablement pas dit de faire attention de bien fermer la bouche. Il parvient à doubler son tapis après avoir perdu le tiers de ses jetons pour revenir à environ 40 millions: rien pour s’énerver ou s’exciter. Le rythme ne semble pas trop s’installer et ceci avantage Duhamel qui peut se permettre d’être patient pour éliminer l’Américain. C’était vraiment étrange de voir une table finale hyper-aggressive et d’assister à un heads-up historique aussi tranquille.

Jonathan réussit à gruger le tapis de Racener au fur et à mesure que la partie avance et ce dernier n’a donc plus le choix d’aller all-in s’il veut avoir un mince espoir de revenir dans la partie. Alors qu’il ne lui restait qu’environ 16 millions de jetons, Duhamel lui montre qu’il est prêt à faire ce qu’il faut pour terminer le match et le pousse all-in alors que les blinds se situaient à 800 000 – 1 600 000. Racener hésite, mais finit par appeler la mise de Duhamel avec Roi – 8 pareillés. Jonathan lance sa main sur la table, il détient As – Valet dépareillés et est donc le favori à 60% pour gagner la main qui ferait de lui le nouveau champion du monde et la nouvelle coqueluche du Québec. La foule est debout, les supporteurs de Duhamel sont bruyants et nous sommes prêts à voir le flop. Trois petites cartes tombent, rien pour aider l’ex-top-modèle Américain. L’intensité de la foule double, on ne s’entend plus parler. Racener ne s’améliore pas au tournant. Une seule carte et Jonathan aura un peu plus de sous en banque. L’excitation est à son comble et le croupier y va de ce qui pourrait être la dernière carte des WSOP 2010. Tout le monde retient son souffle, il la dévoile… et Duhamel l’emporte!

Il se dirige à toute vitesse vers nous pour célébrer et nous le soulevons dans les airs tel qu’il le mérite : il est le champion du monde! Nous festoyons sa victoire autour de la table alors qu’une tornade de photographes lui retirent une partie de son âme en prenant des milliers de photos. Il semble tellement content, crie, saute, sourit, nous serre dans ses bras et touche à la cagnotte qui est désormais sienne!

On lui remet son bracelet qui aveugle tellement il est brillant. Mon ami a le bracelet du champion du monde au poignet, c’est incroyable.

Une fois ces célébrations terminées, vous devinerez que nous avions envie de fêter. Heureusement pour nous, la plus luxueuse suite du Rio nous attendait. J’ai ouï dire que cette suite se loue 12 000$ la nuit. Avis aux intéressés… Nous sommes accueillis avec un buffet digne des films, un bar ouvert et un décor incroyablement classy. Verre de champagne en main, je rejoins les amis et nous célébrons la victoire de Duhamel jusqu’au lendemain matin. Je tairai les détails du party par respect pour tous les gens présents, mais je vais tout de même vous dire que vous avez manqué quelque chose! La présence de Chris « Jesus » Ferguson et du très sympathique et audacieux Joseph Cheong ne faisaient qu’ajouter la plus belle des cerises sur le plus gros sundae que j’aie pu goûter dans ma vie.

Cette fête s’est déroulée dans l’extrême bonne humeur et une fraternité déjà bien établie s’est encore plus soudée entre tous les joueurs québécois présents. Lorsque Jonathan a gagné, c’est un peu comme si NOUS avions gagné, un peu comme si moi, Olivier Racine, joueur professionnel de poker, j’avais gagné.

Mardi, nous nous sommes tous rassemblés une dernière fois afin d’écouter la diffusion de la table finale à la télévision. Nous avons pu revivre les moments forts que Jonathan nous a fait vivre cette semaine. Il était assis juste à côté de moi et il semblait vraiment heureux. Cette énergie est contagieuse, c’est tellement motivant de voir un proche aussi enchanté. Nous avons été un peu déçus du résultat du montage fait par ESPN, car si vous n’avez pas suivi la table finale en direct et que vous n’avez vu que ce reportage, vous n’avez pas eu la chance de voir à quel point Jonathan a été dominant et agressif. On ne peut pas en vouloir à ESPN pour autant puisque condenser environ 15 heures de jeu en moins de deux heures de reportage est une tâche qui s’avère très difficile et ils n’ont donc pas le choix de ne mettre que les mains les plus importantes.

Je suis sur le point de quitter Vegas et je repars le cœur léger en ayant vraiment hâte de voir la grande photo de Duhamel affichée dans le couloir des WSOP aux côtés des Cada, Brunson, Chan et tous les autres champions, l’été prochain, quand nous retournerons dominer les WSOP.

Merci à Jonathan de m’avoir fait passer le plus beau voyage de ma vie, d’avoir fait vivre des émotions fortes au Québec entier et de tous nous faire rêver d’y arriver l’année prochaine.

Jonathan Duhamel, Champion du monde des Séries Mondiales de Poker 2010.

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