Aux premières loges de la table finale

Publié le 8 novembre 2010

Un vent de folie en provenance du sud des États-Unis souffle présentement sur le Québec et dans la communauté internationale du poker. Tout cela est causé par un Québécois qui écrit présentement un nouveau chapitre dans le grand livre du poker. Jonathan Duhamel fait vibrer sa famille, ses amis, les amateurs de poker du Québec et ceux du monde entier. L’excitation est à son comble et l’enthousiasme est plus que palpable autant chez les connaisseurs que les amateurs à l’aube du heads-up de la table finale des WSOP 2010. On voit même certains Québécois prendre un vol de dernière minute pour ne pas manquer une décision de Jonathan. Sachez que ces émotions sont encore plus intenses si vous êtes comme moi et que vous avez la chance d’être à Las Vegas depuis le début de l’aventure. Mon rôle aujourd’hui sera de vous faire vivre cette énergie et de vous décrire le plus fidèlement possible ces moments historiques en direct de Las Vegas alors que Jonathan sera en quête du bracelet doré de l’événement principal des WSOP 2010. Une victoire serait l’accomplissement ultime pour Jonathan. Gagner ce tournoi, c’est comme gagner la coupe Stanley au hockey. Imaginez comment Jonathan se sentirait avec l’honneur de ramener la coupe Stanley du poker au Québec, à lui seul.

Samedi dernier, j’étais assez privilégié pour assister au déroulement de la table finale. Un grand rassemblement de Québécois s’était formé devant la salle de spectacle du Rio. Nous étions près de 80, famille et amis, prêts à supporter Jonathan. Tous gonflés à bloc, vêtus d’un chandail rouge du Canadien de Montréal, nous étions plus qu’enthousiastes à l’idée de chanter Olé Olé Olé ou de s’époumoner en criant Duhamel! Duhamel! Duhamel! aussitôt que notre nouveau héros national remporterait une main. Nous sommes arrivés à l’intérieur du théâtre telle une armée qui se dirige vers le champ de bataille et nous n’avions qu’une idée en tête, être le groupe le plus bruyant de partisans afin de démontrer notre confiance à Jonathan qui semblait dans le meilleur état d’esprit pour disputer la partie de cartes la plus importante de sa vie.

La table finale prend son envol et Jonathan démontre rapidement qu’il n’est pas devenu le meneur en jetons pour rien. Il fait preuve de beaucoup d’agressivité en relançant sans cesse ses adversaires, en particulier l’excellent joueur Joseph Cheong qui lui aussi prêchait par l’agressivité. Jonathan a un plan en tête : être le capitaine de la table et croyez-moi toute la salle l’avait compris. Son style de jeu hyper-aggressif a semblé surprendre la majorité de ses adversaires qui ont tout simplement figé et préféré attendre de bonnes opportunités pour mettre leurs jetons en jeu, par peur d’être éliminés rapidement ou en étant tout simplement intimidés par la fréquence et la taille des mises effectuées par Jonathan.

Petit à petit, ses adversaires s’éliminent et Jonathan reste confiant, pratiquement toujours dans le top 3 des meneurs de la table. La confiance règne autant dans sa tête que dans l’esprit de ses supporteurs. Il remporte beaucoup de mains sans même montrer ses cartes et lorsqu’il les montre, ses adversaires regrettent leurs décisions. Certains d’entre eux doivent prendre des risques ayant trop peu de jetons pour être patients. C’est le cas de John Racener qui commet tous ses jetons avec As-Dame pour frapper le mur Duhamel qui détient As-Roi. Jonathan est favori à plus de 70% pour remporter la main et retrouver SON 1er rang. Malheureusement, Racener touche une dame sur le flop et Jonathan voit son nombre de jetons passer sous la moyenne. Un coup qui fait mal, mais Duhamel reste concentré et on le voit craquer un petit sourire alors que ses partisans recommencent immédiatement à scander son nom. Nous sommes derrière lui et nous savons qu’il va réussir à remonter la pente.

Jonathan garde son calme et quelques mains plus tard, il met en jeu tous ses jetons face à Michael Mizrachi que je décrirais comme le joueur le plus intimidant physiquement. Il est énorme, il a l’air méchant, il a lui aussi une imposante armée de supporteurs bruyants, il est habitué à faire face à ce type de pression et … il a un bracelet en or des WSOP au poignet. Jonathan gagne son pari et est de retour au sommet! La foule est en délire.

Sans hésiter une seule fois, Jonathan conserve le rôle qu’il s’était lui-même approprié de capitaine de la table et poursuit ses attaques avec des relances et des sur-relances. Ses partisans sont unanimes, il va y arriver.

Les éliminations se succédèrent et la vraie guerre débuta lorsqu’il ne restait que John Racener, Joseph Cheong et Jonathan. Ces deux derniers avaient environ 85% des jetons ensemble et il était logique de penser qu’ils auraient une cible commune : Racener. Ce n’était pas ce que Jonathan avait en tête. Il jouait ses mains en pensant au bracelet et au 1er rang et non pas en voulant absolument éliminer Racener. Cheong semblait du même avis et des relances et sur-relances se décochaient de chaque côté pendant que Racener observait tranquillement en mâchant sa gomme d’une façon peu séduisante. Nous avions l’impression de vivre le heads-up final, mais il restait encore 3 joueurs. Ce ne serait maintenant plus une surprise si un des deux joueurs prenait le risque de commettre tous ses jetons, même si Racener n’en avait que très peu et ce qui devait arriver arriva.

Cheong relança du bouton, Duhamel décida alors de le 3bet (sur-relancer) et Racener coucha sa main, sans surprise. Cheong revint sur le dessus avec un 4bet, ce qu’il faisait constamment depuis plusieurs heures. Duhamel le surprit en décidant de 5bet. C’est à ce moment que la foule se leva. Cheong réfléchit et décida de commettre tous ses jetons… « I’m all in ». Duhamel appelle la mise en une fraction de seconde et montre la meilleure main. Il détient Dame-Dame et Cheong As-Sept. Encore une fois, il est favori à plus de 70%. Nous sommes soulagés de voir cette main, alors que Jonathan a complètement déjoué Cheong, mais la partie n’est pas gagnée. Avec tous les revirements que nous avons vus dans la journée, nous craignons tous qu’un vieil As se pointe le bout du nez sur la table.

Le croupier donne le flop, pas d’As. Nous sommes debout, je me tire les cheveux, mes jambes tremblent. Jonathan survit au turn. Un As sur la rivière serait tellement cruel. Le croupier semble prendre une éternité avant de tourner la dernière carte… Il la tourne … et la main de Jonathan tient! BOOOOOOOM! La foule est en délire, Jonathan rejoint sa famille et ses amis et on nous entend probablement crier Olé! Olé! Olé! à Los Angeles! Jonathan vient de gagner le plus gros pot de l’histoire des WSOP. Voici sa première marque dans le livre des records.

Cheong finit par s’avouer vaincu quelques mains plus tard et voilà, Jonathan passe au tête-à-tête!

Nous attendons le petit génie à la sortie du théâtre et il est accueilli tel un champion. Il est souriant, soulagé, exténué et est tellement fier de lui. Nous sommes exactement dans le même état d’esprit. Nous allons gagner.

Nous quittons le théâtre et nous suivons Jonathan, notre héros, en chantant dans le casino vers le toit de l’hôtel afin de prendre une bière à la santé de Jonathan qui vient de réaliser la performance la plus impressionnante que j’aie vue de ma vie au poker. Les touristes commencent à le prendre en photo, il est désormais une vedette à Las Vegas. Nous allons tranquillement célébrer cette performance et Jonathan nous raconte ce qu’il détenait à chacune des mains.

WOW. Il a tout simplement dominé. Du début à la fin. Il n’a jamais perdu confiance. Il vient de livrer une performance qui restera gravée dans la mémoire de tous les amateurs de poker. Les connaisseurs savent reconnaître que cette table finale est probablement celle qui était la plus agressive et la plus difficile à vaincre de l’histoire des WSOP et la performance pratiquement parfaite de Jonathan la rend encore plus épique.

Voilà, c’est l’heure. Le travail est loin d’être terminé. Nous nous dirigeons maintenant vers la salle de jeu afin d’assister à ce heads-up historique et nous sommes prêts à perdre la voix et à tout faire pour que Jonathan soit le prochain champion des Séries Mondiales de Poker.

Jonathan détient maintenant 189 millions de jetons et Racener 31 millions.

Faites partie de l’armée et suivez-nous ce soir, alors que l’action reprend à 23h heure de l’Est.

Olivier “RaT” Racine

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