Le succès d’Espacejeux, le mirage du poker en ligne

Publié le 21 juin 2014

Nous avions l’intention de continuer à discuter la semaine prochaine de l’avenir du jeu au Québec, suite à notre éditorial sur le rôle d’opérateur de Loto-Québec. Avec l’annonce sur le Huffington Post de l’intention de Loto-Québec d’explorer d’autres alternatives, il nous semble bon de devancer cet éditorial dans le but de bien centrer le débat. Il aurait certes été utile d’obtenir des éclaircissements de la part du l’organisme québécois, mais ce fut jusqu’ici impossible. Nous y allons donc dans l’esprit qui nous habitait lors du premier article, c’est-à-dire de donner notre vision de l’état des choses dans le monde du jeu, spécialement le jeu en ligne.

Depuis longtemps, les faits ont été déformés par une seule compagnie et un seul portrait: la situation de PokerStars avant le Black Friday. La compagnie engrangeait des profits fabuleux grâce surtout à son logiciel quasi parfait. Le logiciel a attiré des joueurs de partout dans le monde, la sécurité du site a fait le reste. Est donc né un colosse où tout joueur de poker voulait jouer.

Les foules sur PokerStars ont permis des tournois gigantesques – tout comme les bourses qui en découlaient. À ses cotés, ou plutôt loin derrière, ses compétiteurs continuaient à eux aussi générer des profits immenses. Des compagnies comme Party Gaming roulaient sur l’or.

Tout cela appartient maintenant à une autre époque, une ère qui mettra du temps à revenir. Partout où l’État a repris le contrôle de l’offre de jeu en ligne, il l’a fait en vase clos. À peu d’exceptions près (notamment en Angleterre), les pays offrent à leurs joueurs la chance de jouer entre eux. Pourquoi peuvent-ils le faire? Parce que le jeu en ligne ne signifie pas le poker en ligne.

De là la partie du titre qui parle du succès d’Espacejeux. Alors que la majorité des membres et visiteurs de PrincePoker provient bien sûr du poker, la grande majorité des profits et des succès d’Espacejeux provient des autres jeux en ligne. Rational, en achetant Full Tilt Poker, l’avait bien compris. Dès l’achat, les dirigeants ont mis le gros de leurs efforts vers un casino virtuel qui accompagnerait le site de poker en ligne. Amaya la semaine dernière confirmait que le même sort attendait PokerStars.

Partout au monde, il y a beaucoup plus de joueurs de casino, de parieurs sportifs, que de joueurs de poker. Pire encore, opérer une table de blackjack, une roulette, apporte plus de profits à l’opérateur qu’une table de poker. Ce n’est pas assez? En plus, les joueurs de poker auront tendance à bouder les sites plus petits, comme le poker en ligne sur Espacejeux, si le bassin de joueurs n’est pas suffisamment large. Ils ont raison; jouer des petits tournois est plus déprimant et moins payant que de jouer de gros tournois. Jouer seul au blackjack par contre n’est pas un problème pour qui que ce soit.

Espacejeux constitue donc un succès, parce qu’il réussit à tirer profit d’un monopole dans un secteur d’activité précis: le jeu en ligne. Ce faisant, il se tire néanmoins dans le pied en ne réussissant pas à attirer les joueurs de poker sur leur site. Joueur de poker qui souvent ira “investir” ses profits de la soirée sur une table de roulette ou sur un appareil vidéo virtuel. Cet aspect du jeu en ligne prend d’ailleurs de plus en plus d’importance.

Partout au monde, les opérateurs font miroiter des fortunes en taxes aux pays/provinces qui songent à mettre en place une Commission des jeux et à vendre des licences d’opérateurs. Dans cette licence, qu’est-ce qui fait saliver les opérateurs? Surement pas le poker, malheureusement. La possibilité pour un opérateur de réaliser des profits en attendant la mondialisation du poker permet à tous de bien vivre. C’est dans cette optique que certains États américains embarquent lentement dans l’aventure du jeu en ligne. Malheureusement pour eux, ils se retrouvent dans la même situation que nous québécois. Peu importe si PokerStars peut faire son entrée au Delaware, au Nevada et au New Jersey, il ne fera pas exploser le poker. Ce sera pareil au Canada si l’entente entre Amaya et le Québec ou le réseau canadien suit cette tendance. Nous serons condamnés à jouer entre nous, et ce sera payant pour les opérateurs comme pour le gouvernement. Grâce aux opérateurs, nous aurons de belles tables de blackjack, de roulette. Grâce au logiciel de PokerStars, nous aurons le meilleur logiciel au monde.

Cependant, il faut s’attendre à ce que plusieurs années ne passent avant que le poker en ligne redevienne ce qu’il était, c’est-à-dire un réseau mondial. Il y a probablement plus de chances que l’Ontario finisse par se dégeler et rejoigne le réseau canadien, ce qui nous donnerait un réseau de poker à tout le moins potable. Ce serait un bon compromis entre le meilleur et le pire.

Pour le moment, le poker restera un jeu offert de manière régionale, avec des bassins entre moins d’un million (Delaware) à quelques millions. Rien pour devenir pro de poker en ligne, assez pour offrir un produit récréatif aux masses de joueurs occasionnels. Les joueurs sérieux étaient déjà de plus en plus isolés, victimes de mesures pour les éloigner , sur tous les sites, y compris PokerStars. Pariez que la tendance se perpétuera pour quelques années encore.

En réalité, cette nouvelle donne pénalise uniquement une poignée de joueurs, les pros. Pour le joueur sérieux québécois qui joue 6 tables de NL25, cette option sera toujours possible, surtout si l’Ontario finit par se joindre au réseau.

La bonne nouvelle? Si Amaya peut ouvrir bien des portes que PokerStars ne pouvait ouvrir, si le dynamisme contagieux de David Baazov et son appétit vorace font en sorte que les pays commencent enfin à voir des avantages à partager leu bassin de joueurs, nous pourrions revoir un réseau mondial plus tôt que prévu.

L’autre avantage pour les Québécois, et il est immense, c’est qu’enfin les opérateurs viendront chez nous pour tenter de nous séduire!  Le Playground Poker Club a tiré avantage de sa situation lors des dernières années pour inviter les salles de poker virtuel du monde à venir nous voir. Cela a donné des promos de 888Poker, de PartyPoker, et de PokerStars. Les joueurs live en ont profité, mais les joueurs en ligne beaucoup moins.

À titre d’exemple, PrincePoker a envoyé, au fil des ans, une trentaine de joueurs dans des tournois un peu partout. Des commanditaires ont toujours encouragé nos promos et celles de nos compagnies connexes, tel l’Omnium Universitaire. Cependant, ces opérateurs hésitaient toujours un peu, puisque l’organisme législatif, Loto-Québec, prétendait qu’ils étaient tous illégaux. Les opérateurs n’avaient jamais l’intention de contester cette affirmation et devaient se faire prudents.

Une fois dégagés de ce carcan, nous avons la certitude que certains horizons vont se dégager, au grand bien des joueurs. Amaya partira en tête surement avec son PokerStars, mais si ses compétiteurs veulent le rejoindre, ils devront courtiser les joueurs locaux.

Cela dit, même si Loto-Québec, dans le meilleur des scénarios, permet aux opérateurs de mêler nos joueurs avec leur bassin mondial, le fait demeure: les opérateurs devront et vont nous offrir de bonnes choses!

En attendant, nous avons la garantie que le statu quo demeure tant que les discussions se continuent. Nous sommes encore dans un marché pas mal bien pour les joueurs de poker!

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