Le poker en ligne après le vendredi noir

Publié le 20 avril 2011

Quand les deux plus imposants géants du poker en ligne sont attaqués par la justice américaine et doivent conséquemment fermer leurs portes aux joueurs à la source même de leur succès, le visage de l’industrie s’en trouve nécessairement changé.  Quelques jours à peine après le vendredi noir du poker, PrincePoker se porte au jeu des prédictions sur l’avenir du poker en ligne, autant au niveau mondial qu’ici, au Québec.  Évidemment, cette chronique en est une d’opinions éclairées, mais d’opinions quand même!  Le futur reste toujours parsemé d’imprévus.

Sur le marché mondial

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.  Lors de la passation de l’UIGEA en 2006, Party Poker a pris la décision d’interpréter cette nouvelle loi comme un signe que le poker était désormais clairement illégal en sol américain et conséquemment, s’est  complètement retiré du marché.  Décision responsable pour les uns, suicide commercial pour d’autres.  En effet, en agissant ainsi, Party Poker perdait son statut de leader de l’industrie et ouvrait toutes grandes les valves au profit de PokerStars et Full Tilt Poker.

Cinq ans plus tard, ce pourrait bien être le retour du balancier.  Fort d’une fusion récente avec bwin, Party Poker est certainement en position de profiter du chaos actuel et de mener une chaude lutte à PokerStars et Full Tilt Poker, maintenant qu’ils jouent sur un pied d’égalité.

Bwin/Party est également en position favorable en cas de régulation du marché du poker en ligne aux États-Unis, ce qui constitue sans contredit un avantage sur ses deux concurrents. À moyen terme, la décision osée de Mitch Garber en 2006 pourrait s’avérer un coup de génie, permettant à Party de s’établir comme leader, et ce, dans un marché 100% légal cette fois.

En Europe spécifiquement, les joueurs ne subiront pas beaucoup de changements.  Comme au Québec, plusieurs migreront vers les sites régularisés par l’État. Que ce soit en Suède, en France, en Italie, ils s’y sentiront en sécurité, et ce, avec raison.

Les joueurs sérieux, surtout les professionnels, vivront une situation tout à fait différente. La situation est particulièrement vraie sur Full Tilt Poker, qui semble avoir été durement affectée par la perte des Américains.  Alors que plusieurs pros y jouaient uniquement à cause des tables à hautes mises, il faudra avant tout voir si la perte du marché américain entrainera la disparition de cette action.

Pour PokerStars et Full Tilt Poker

Ne les croyez certainement pas morts.  Si le revers auquel elles font aujourd’hui face constitue certainement un large défi pour les entreprises, les structures de ces deux salles sont mondialement établies et conséquemment, elles auront la capacité de se relever.

Néanmoins, PokerStars risque fortement de mieux s’en sortir que Full Tilt Poker.  La stratégie marketing de Full Tilt Poker était plus concentrée sur le marché américain. Les proprios, les pros, les promos, presque tout respirait USA.

PokerStars fut plus mondial dès le départ. Avec un propriétaire canadien, Isai Scheinberg, qui passait son temps entre le pays de l’unifolié et son pays d’origine en Israël, PokerStars a toujours travaillé à améliorer son rayonnement partout sur la planète. L’impact de la perte des Américains fut moins grand chez PokerStars, qui demeure aujourd’hui le plus gros site au monde, et par beaucoup!

Il faut aussi considérer 2 choses: d’un, les crimes dont les 11 personnes sont accusées sont des crimes de col blanc. De deux, les sentences pourraient être différentes dues au fait que les poursuivants sont américains et zélés. Rappelons que ce sont les mêmes à l’origine des poursuites et des représailles contre Neteller et ses dirigeants en 2006.

Les crimes vont de soit. Si PokerStars par exemple considérait que l’UIGEA permettait le jeu en ligne, ce qui est vrai, ils devaient trouver un moyen pour diriger une colossale somme d’argent de et vers les joueurs américains. Si c’est le cas, ils seraient trouvés coupables. Coupables de quoi, quand, et à quel prix? Quelle question! D’ici la fin des procès et des multiples appels, Zynga et Harrah’s domineraient déjà le marché. Ainsi, il y a fort à parier que le dénouement surviendra avant ça, dans une entente hors Cour.  Ne pas accepter de payer les amendes requises nuirait trop à PokerStars et Full Tilt Poker.

Plusieurs accusations risquent aussi de tomber.  Selon l’expert juridique en jeu Nelson Rose, les accusés risquent de ne même jamais faire face à un procès.   Selon lui, de nombreuses accusations deviendraient caduques s’il était possible de prouver que le poker en ligne n’était pas illégal aux États-Unis, même après l’introduction de l’UIGEA en 2006.  Or, s’il risque d’être difficile de se défendre contre les fraudes bancaires émises dans l’acte d’accusation, il en irait tout autrement par rapport au statut du poker aux États-Unis.  Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les accusations ont été ciblées sur les transactions financières et non sur l’offre de jeu elle-même!

Aux États-Unis

Le sort des deux compagnies n’est pas pour autant complètement scellé aux États-Unis.  Alors que nos voisins du Sud se dirigent vers une régulation de l’industrie, cette attaque envers les acteurs actuels épure le marché, dans le sens où il est désormais complètement ouvert pour les compagnies qui obtiendront des licences pour opérer légalement.

Les Américains vivent actuellement une sérieuse crise sans vraiment pouvoir contrôler quoi que ce soit. En fin de compte, ils pourront jouer au poker en ligne… un jour! Ce jour-là, ils joueront par contre en toute légalité. Que ce soit sur PokerStars, sur Zynga, sur Party ou sur WSOP qui appartient à Caesar’s, les Américains recommenceront à jouer en ligne. Il apparait aussi logique de croire que ce sera dans un laps de temps assez court, soit de 12 à 30 mois.  La récupération des noms de domaine .com pour les deux salles est d’ailleurs une bien bonne nouvelle en vue d’un règlement potentiellement rapide du litige.

Le conflit juridique entre PokerStars, Full Tilt Poker et la justice américaine est loin d’être réglé.  Ce dernier pourrait s’étendre bien au-delà de l’ouverture d’un marché légal.  Dès lors, il ne serait pas surprenant de voir une entente hors Cour, avec des amendes particulièrement salées, puis une possible réinsertion des salles sur le marché américain.  Le gouvernement américain y gagnerait ainsi en double.  En plus de récupérer de larges sommes pour les activités illégales d’après 2006,   les États-Unis pourront prélever des taxes sur leurs activités futures, tout en s’étant assuré qu’ils ne se lancent pas dans le marché avec une avance sur les compagnies américaines qui s’y lanceront également.

Ces dernières risquent également de modifier le portrait de l’industrie en cas de régulation du marché aux États-Unis.  Disposant de forts lobbies par leur influence dans le marché du jeu “réel”, les Caesar’s de se monde attendent de pied ferme un changement législatif.  Si ce dernier se produit, attendez-vous à une nouvelle puissance via un mariage Caesar’s/888. Caesar’s/888 et Party/bwin pourraient d’ailleurs signifier la fin de l’époque de l’hégémonie PokerStars et Full Tilt Poker, et ainsi représenter le prochain visage du poker.

En attendant? Ne le dites à personne, mais certains Américains vont découvrir la dernière invention de PokerStars. Le détour? Les Home Games! L’échelle de jeu sera grandement réduite, mais certains s’organiseront pour jouer encore, nul doute. Ils joueront à un certain pourcentage du montant de play money et se trouveront des intermédiaires pour assurer les transferts de dollars.

Quand on force un chien à gratter pour sa bouffe, c’est fou comment il peut lui pousser des griffes.

Chez les salles toujours actives aux États-Unis…

Tout d’abord, Ultimate Bet et Absolute Poker.  Ces salles se distinguent des autres aux États-Unis, car malgré qu’elles ont été ciblées dans la poursuite de Département de Justice Américain, elles continuent néanmoins d’accepter les joueurs américains.  De fortes rumeurs laissent cependant planer que les heures seraient comptées pour ces derniers.

À notre avis, cette position ne pourra être conservée bien longtemps.  Même si les rouages de la justice bougent souvent au ralenti, ce n’est qu’une question de temps avant que le réseau CEREUS n’emboîte de force le pas de PokerStars et Full Tilt Poker.  Or, pour ces salles, cela pourrait équivaloir au chant du cygne.  De plus, avec ce que l’histoire nous a montré, les joueurs disposant de fonds sur CEREUS pourraient bien se trouver dans le pétrin.  Si vous y êtes actuellement, nous suggérons que vous commenciez à magasiner votre prochaine salle!  D’ailleurs, contrairement aux autres salles visées par les accusations, les retraits sont présentement mondialement bloqués chez CEREUS.

Les autres salles toujours actives aux États-Unis, mais n’ayant pas été visées dans les accusations du FBI jouent à un jeu bien dangereux.  Certains y verront possiblement l’occasion de gagner énormément en trafic et décideront de garder les portes ouvertes aux Américains.  Or, pour ce faire, ils doivent nécessairement procéder aux mêmes genres de fraudes que celles reprochées aux salles accusées.  Comme il fallut plus de cinq ans pour bâtir un dossier contre Full Tilt Poker, PokerStars et CEREUS, ces salles disposeront possiblement d’un sursis.  Ce dernier risque cependant d’être temporaire et ces salles seront vouées à disparaître lors de la régulation du marché aux États-Unis, avec les risques que cela pose.  Si ces salles peuvent sembler alléchantes à court terme, nous jugeons qu’il serait plus sage de les éviter!

Et ici?

Que nous sommes bien ici au Québec, Canada, n’est-ce pas?  La philosophie établie ici ne se rapproche pas de celle des Américains et tout laisse présager un Statu Quo.  Ainsi, toutes les salles demeureront accessibles telles qu’elles le sont présentement.

Si Espacejeux ne peut pas encore rivaliser avec ses adversaires en terme de trafic, la salle dispose néanmoins d’un avantage certain sur la compétition.  En effet, elle est une salle de la nouvelle ère, celle du poker plus territorial, où l’État consent et y trouve son compte.  Alors que bien des acteurs toujours accessibles risquent tôt ou tard de faire face à leur déclin, espacejeux se retrouve de l’autre côté de cette médaille.

L’ouverture du réseau aux autres provinces donnera un sérieux coup de pouce à la salle québécoise.  Graduellement, le réseau prendra plus de place et deviendra une option valable pour de plus en plus de joueurs québécois.  L’importance du réseau pourra aussi s’avérer capitale lors d’une potentielle ouverture du marché aux États-Unis et des effets que cela aura sur le portrait mondial du poker.

Quoi qu’il en soit, pas question de monopole pour le poker québécois.  Avec l’exclusion des Américains, le niveau moyen des joueurs diminue, ce qui pourra même aider à la popularité de ces salles ici, du moins à court terme.  L’effet des puissances en devenir comme Party Poker se fera sentir aussi et cette dernière salle profitera d’un gain certain, autant ici qu’ailleurs dans le monde.  Attendez-vous également à de fortes offensives de salles comme 888 Poker, qui sont également en place pour devenir de futures puissances du poker en ligne.

En réalité, pour les joueurs récréatifs, peu de choses ont vraiment changé. Ils risquent même d’y gagner au change! Tous ceux qui se plaignaient du faible trafic sur Espace jeux verront surement le trafic augmenter prochainement. En quelques heures ce vendredi, savoir que son argent était en sécurité est devenu une priorité pour plusieurs joueurs de tout calibre. Avec raison d’ailleurs.

Impact sur les ententes:

L’impact sur certaines ententes se fait déjà sentir.  Les partenariats récemment annoncés entre PokerStars et Wynn, tout comme celui entre Fertitta et Full Tilt Poker, ont rapidement été annulés.  ESPN annule l’émission de poker Inside Deal.  S’en est également fort probablement la fin des tournées NAPT en sol américain.

À première vue, toutes les ententes sont caduques. Il n’en est rien, bien évidemment! Elles sont sur la glace pour le moment, mais le poker ne disparaîtra pas pour autant.  ESPN conserve à titre d’exemple la couverture des séries mondiales de poker.  On peut cependant s’entendre à plus de partenariats hors des États-Unis, en plus de futurs conglomérats majeurs en vue d’une ouverture future du marché américain. MGM et Zynga nous apparaît comme un mariage presque scellé. Caesar’s travaille déjà aux côtés de 888 ailleurs dans le monde et ce mariage pourrait aussi fonctionner aux États-Unis si jamais le montréalais Mitch Garber, CEO de Caesar’s et de la marque WSOP, décide de s’associer avec quelqu’un.

À quand une résolution?

À bientôt probablement, soit moins de 30 mois. Les enjeux sont trop importants pour tous.  Afin de survivre et d’évoluer à la vitesse du marché, PokerStars et Full Tilt Poker doivent absolument régler le plus tôt possible. Ne pas le faire leur coûterait bien trop, probablement beaucoup plus que de continuer leurs activités en ignorant le marché américain en fait!  Le gouvernement fédéral, comme ceux des États américains, est grandement endetté et a bien besoin de revenus supplémentaires.

Dès lors, il ne serait pas surprenant de voir une entente hors Cour, avec des amendes particulièrement salées, puis une possible réinsertion des salles sur le marché américain.  Le gouvernement américain y gagnerait ainsi en double.  En plus de récupérer de larges sommes pour les activités illégales d’après 2006,   les États-Unis pourront prélever des taxes sur leurs activités futures, tout en s’étant assuré qu’ils ne se lancent pas dans le marché avec une avance sur les compagnies américaines qui s’y lanceront également.

Gagnants et perdants:

Dernier point, qui y gagne et qui y perd. Les banques virtuelles en sortent grandes gagnantes. Aujourd’hui, la majorité des joueurs sont conscients de la nécessité de conserver une partie de leur fonds de roulement ailleurs que sur les sites où ils jouent pour de multiples raisons.

Les salles offrant des garanties sécuritaires y gagnent. Espace jeux, Party/Bwin et 888 Poker seront plus fréquentées que jamais.

Mitch Garber et sa vision en 2006 ressemble maintenant à un génie.  Face à une possible régulation future du marché américain, personne au monde n’est en meilleure posture présentement.

Les plus grands perdants? Facile… nous!

Évidemment, certaines salles y perdent temporairement, telle PokerStars. D’autres y perdent énormément, tel Cereus, mais ils courent après leur malheur, et il est permis de croire que c’est intentionnel de leur part.

En revanche, nous les joueurs en sortons définitivement perdants. Les deux compagnies les plus innovatrices sont actuellement fermées aux Américains. Le rythme des offres, des promotions, des bonus ralentira, c’est indéniable. Nous en profitions tous, pendant “la belle époque”.  Le marché continue de se ciseler et de s’étatiser.  Plus il y a d’intermédiaires pour prendre leur part du gâteau, plus les joueurs y perdent.  Si les reflets de sécurité et de légalité absolue sont certes rassurants, cela ne compensera jamais pour les grandes compétitions mondiales de jadis, alors que les marchés étaient tous ouverts et que les salles les plus innovatrices et agressives dans leurs offres se démarquaient.  Ces conditions de marché libre profitaient avant tout aux joueurs.  Cette ère est bel et bien terminée malheureusement!

Les perdants sont également toutes les industries sous-jacentes aux salles de poker en ligne.  Le meilleur exemple?  PrincePoker bien sûr!  Alors qu’un site comme celui-ci survit grâce aux systèmes d’affiliations, toute perte de joueurs se reflète automatiquement sur les revenus.  Rien n’assure d’ailleurs que le poker en ligne “nouvelle ère” utilisera cette même logistique marketing, alors que sous un marché régulé, les moyens publicitaires traditionnels sont plus accessibles et ouverts.

Ainsi, outre sur les tables elles-mêmes, cette tendance nuira aussi aux autres services offerts aux joueurs.  De plus, on fait un pas de plus vers la mort totale et définitive du rakeback.  Au bout du compte, la passion du joueur de poker lui coûtera plus cher, pour obtenir moins en retour.

Conclusion

S’il est encore tôt pour tirer de drastiques conclusions, il appert que la crise ne fera pas trop de victimes majeures, sauf pour les Américains. Beaucoup d’éclopés et certains changements dans nos habitudes. Néanmoins, en fin de compte, nous croyons qu’il est permis à tous les joueurs d’ici de dormir sur leurs deux oreilles.  Les activités se poursuivent de manière normale.  Les joueurs récréatifs ne s’en rendront à peine compte tandis que les joueurs professionnels devront être plus astucieux, mais sans voir leur gagne-pain à risque comme c’est le cas chez nos voisins du Sud.

Il restera à voir l’impact sur les événements majeurs. Les WSOP, EPT, et surtout les NAPT changeront pour un certain temps. La télédiffusion du poker en général est aussi compromise aux États Unis tout comme certaines formes de commandites, tel le tournoi de la Fondation Miriam à titre d’exemple. Pour le moment, le mot d’ordre est ” Motus et bouche cousue”.  Ainsi, impossible de dépasser le stade des spéculations à court terme!

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