Entrevue avec Pascal LeFrançois

Publié le 24 juillet 2010

Pascal LeFrançois est l’un des deux Québécois tout nouvellement détenteur d’un bracelet WSOP.  Il triompha d’abord aussitôt que lors du tournoi #8 des présentes séries, soit un événement de hold’em sans limite à 1 500$ de prix d’entrée.  L’étudiant montréalais de 23 ans ramenait ainsi un premier bracelet au Québec depuis l’ère Boyer, en plus d’empocher la faramineuse somme de 568 974$.

Preuve que ce succès n’était pas le fruit du hasard, LeFrançois (photo principale, source: PokerNews.com)  récidiva lors du plus prestigieux tournoi des séries, soit l’événement principal à 10 000$.  Meneur en jetons alors que moins de deux tables complètes restaient, il connut une fin abrupte, devant finalement se contenter de la 11e position.   Cette performance lui valait un impressionnant ajout de 635 011$ à ses gains estivaux, faisant de lui le seul millionnaire Québécois des WSOP 2010 (bien qu’il risque évidemment d’être dépassé par Jonathan Duhamel en novembre prochain).

Pascal a bien voulu nous allouer de son temps afin de répondre à nos questions.  Voici l’entrevue qu’il a eu la gratitude de nous accordée :

PrincePoker:  Comment se passe le retour au Québec?  Comment occupe-t-on les premières journées au retour d’un tel voyage de poker?

Pascal LeFrançois: Le retour au Québec se passe très bien. J’avais hâte de revoir mes amis et ma famille et bien que j’aime Las Vegas, j’étais tanné un peu à la fin.  Je n’ai pas encore joué une main de poker depuis et je ne compte pas en jouer pour un bout. J’ai trop pensé à cela pendant un mois et demi et j’ai vraiment besoin d’un break bien mérité. Je meuble donc mon temps à sortir avec mes amis, à profiter de la vie et à passer du bon temps avec mes proches.

PrincePoker:  Était-ce ta première participation aux séries mondiales de poker?

Pascal LeFrançois: C’était ma deuxième participation aux séries mondiales. L’an dernier j’ai joué seulement 3 events, car j’éprouvais quasiment une aversion pour le poker live et je trouvais cela ennuyant dû au fait que je ne voyais pas assez de mains et que ça manquait d’action. J’ai commencé à y trouver un certain plaisir en analysant plus à fond le jeu autour de la table. Bien que j’avais cashé dans un des 3 events auxquels j’ai participé l’an dernier, j’étais conscient que je pouvais faire vraiment mieux et je suis revenu gonflé à bloc, sachant à quoi m’attendre.

PrincePoker:  Quel était ton objectif premier pour ces Séries mondiales de poker 2010?  Considères-tu l’avoir atteint?

Pascal LeFrançois: Je n’avais pas d’objectif précis à part jouer ma A-game. Il y a beaucoup d’impondérables comme vous le savez au poker et il faut focaliser sur ce qu’on peut contrôler. Les bad-beats, coolers, etc., on doit éviter d’y penser et approcher chaque main en lui accordant de l’importance. Bref, je n’avais pas d’objectif monétaire, mais je suis obligé d’admettre que mes résultats (Winner de l’event 8 et 11e place au Main event) sont pleinement satisfaisants.

PrincePoker:  Est-ce que les gains enregistrés vont changer quoique ce soit à ta routine poker, notamment aux limites jouées?

Pascal LeFrançois: Les gains réalisés vont changer ma routine, puisque mes récents succès m’offrent des opportunités, entre autres de voyager et de jouer des tournois à travers le monde. Je vais donc passer une bonne partie de la prochaine année à jouer les gros events live, chose que je ne faisais pas l’an dernier puisque j’étais aux études. Il me reste d’ailleurs 5 cours à finir avant de graduer et je compte finir mon baccalauréat en finance, mais pas dès la session prochaine, puisque je serai aux WSOP Europe en septembre et que je jouerai des tournois de l’EPT.

PrincePoker:  As-tu des dépenses importantes ou des folies extravagantes achetées ou que tu comptes acheter suite à ces gains?

Pascal LeFrançois: Je n’ai pas encore envisagé de dépenses extravagantes et je pense que ce ne sera pas pour tout de suite.

PrincePoker:  Quels furent le ou les moments forts de ton voyage, à la table ainsi qu’à l’extérieur?

Pascal LeFrançois: Le moment le plus fort de mon voyage est évidemment mon bracelet et tout ce qui a suivi, tel que la cérémonie et les jours suivants. J’étais vraiment sur un nuage, car il n’y a pas de plus beaux feelings que de GAGNER. J’ai vécu de beaux moments au Main Event aussi, mais la déception a été très grande de ne pas être de la table finale du 9 novembre lorsque j’étais en très bonne position avec 2 ou 3 tables. Je sais que je ne peux pas être déçu de mon été qui a été exceptionnel et je suis également conscient que bien que j’ai joué du poker de très haut niveau lors des WSOP, la chance m’accompagnait en des moments cruciaux. Bref, à ce jour, je dois dire que même si mon cash au Main event est plus gros, le feeling n’est aucunement comparable à ma victoire précédente et je l’ai encore un peu sur le coeur d’avoir passé si proche d’être sur la table finale avec John.

PrincePoker:  As-tu été impressionné par un joueur en particulier à travers le voyage?  Quels étaient les traits rendant ce joueur différent et plus dangereux?

Pascal LeFrançois: Étant joueur de poker, l’égo prend une place vraiment importante et si on veut être dominant, la confiance en soi est primordiale. C’est pourquoi il est rare de regarder quelqu’un à la table et d’être vraiment impressionné. Par contre, les joueurs de la dernière table à laquelle j’ai participé étaient d’un grand calibre, d’une compétence remarquable. Je dois dire que 2 joueurs m’ont impressionné et ce sont 2 joueurs avec lesquels j’ai joué à la fin dans le Main event. Joseph Cheong qui est 3e en jeton sur la table finale, est un joueur exceptionnel. Il a eu position sur moi avec 2 tables à faire et il a contribué en grande partie à ce que je quitte la table. Il est extrêmement agressif et, étant à ma gauche immédiate, a bien su utiliser sa position sur moi. Sa plus grande qualité et qu’il est totalement fearless (désolé pour l’anglicisme, mais c’est le mot qui le décrit le mieux). Il n’a pas peur de mettre son stack en jeu et il met beaucoup de pression sur ses adversaires. De plus, il me faut mentionner un autre joueur vraiment dominant, c’est-à-dire l’enfant chéri de Boucherville et de tout le Québec, Jonathan Duhamel. J’ai eu la chance d’être à sa gauche un bon bout de temps, facteur qui m’a vraiment aidé, mais je suis conscient qu’il est un autre excellent joueur. Il sera certainement à surveiller en novembre, étant doublement dangereux compte tenu de son cumul de jetons.

PrincePoker:  Que considères-tu être ta grande force et que devrais-tu améliorer?

Pascal LeFrançois: Mes plus grandes forces, je crois, sont mon analyse du jeu de mes adversaires et ma résistance au stress. Les derniers moments à la fin des tournois des WSOP sont éprouvants et il est primordial que les émotions ne prennent pas le dessus sur notre tête. Je crois que je suis spécialement bon pour me détacher du payout et pour utiliser toutes mes capacités dans les moments cruciaux. Je crois que c’est en grande partie à ce niveau que j’ai le dessus sur de bons joueurs. Je sais également mettre de la pression sur mes adversaires et provoquer des erreurs en prenant l’agression dans beaucoup de pots. Je devrai par contre me faire beaucoup plus discret lorsque j’ai des joueurs agressifs à ma gauche. J’ai vraiment amélioré ce point dernièrement, mais je devrai devenir encore plus tight dans ces situations.

PrincePoker:  Quels sont tes objectifs de la prochaine année question poker?

Pascal LeFrançois: Mon objectif de la prochaine année est de peaufiner mon jeu. Même si on a du succès, il ne faut jamais cesser d’apprendre et il faut toujours vouloir aller chercher le petit edge sur nos adversaires. Il y a toujours un aspect qui fait défaut dans notre jeu et il faut prendre les moyens pour le corriger. J’aimerais également jouer davantage live (EPT, WPT, WSOPE) et continuer d’avoir du succès.

PrincePoker:  As-tu une main spécifique qui marque ton voyage plus que toute autre?  Y en a-t-il une en particulier que tu jouerais autrement si tu pouvais revenir dans le passé?

Pascal LeFrançois: J’ai joué beaucoup de mains marquantes. Ma préférée est mon bluff avec J-9 quand nous étions 3 dans l’event que j’ai gagné. Une autre main marquante a été celle sur laquelle j’ai été éliminé au main event lorsque j’ai poussé avec Q-J ss sur le squeeze de Cheong. J’en ai jasé beaucoup avec mes amis et je ne crois pas que ce soit une erreur, mais c’est facile d’être orienté sur le résultat dans une situation de la sorte et de s’en vouloir.

PrincePoker:  La communauté des joueurs du Québec est tissée assez serrée.  Seras-tu à Las Vegas en novembre pour soutenir Jonathan Duhamel?

Pascal LeFrançois: J’irai soutenir à 100% Jonathan Duhamel en novembre. C’est un bon chum et ce qu’il vit est incroyable. Je veux être là pour l’encourager et je n’oublierai jamais la run qu’on a fait ensemble dans le main event.

PrincePoker:  Le gain d’un bracelet est d’une importance significative, puis un accomplissement qui se faisait impatiemment attendre au Québec depuis les résultats de Boyer en 2005.  As-tu l’impression que cet exploit passe dans l’ombre de la présence de Duhamel à la table finale?

Pascal LeFrançois: Pour ce qui est de mon bracelet, je crois que c’est tout à fait normal que l’exploit passe un peu dans l’ombre ces jours-ci et je suis heureux pour Jonathan, que son exploit soit reconnu. Qu’un Québécois soit en aussi bonne position dans le tournoi le plus prestigieux au monde est tout à fait remarquable, mais ça se devait d’arriver un jour ou l’autre. J’avais d’ailleurs mentionné en entrevue après avoir remporté un bracelet que le Québec comptait plusieurs étoiles montantes. Jonathan est un joueur remarquable et il en fait la preuve.

Je crois tout de même que ce que j’ai réalisé cet été est exceptionnel et je suis conscient que la couverture médiatique pour les tournois autres que le Main event est moins importante, chose qui ne m’importune pas du tout.

PrincePoker:  Selon toi, quelle sera la plus grosse difficulté vers son chemin à la victoire, et comment évalues-tu ses chances de remporter le titre?

Pascal LeFrançois: Si j’avais à évaluer les chances de John à la table finale, je les qualifierais d’excellentes. C’est le favori en ce moment avec le nombre de jetons qu’il a cumulés et il occupe une excellente position à la table. Joseph Cheong est à sa droite (il est très menaçant) et Jonathan devrait avoir le meilleur sur lui ayant la position favorable. Bref, il a tout ce qu’il faut pour gagner. Va le chercher John !

PrincePoker:  Deux mains jouées par des Québécois et ayant suscité énormément de discussions à travers les différentes communautés de poker retiennent particulièrement l’attention.  Peux-tu donner ton avis sur le raisonnement dont chacune des mains a été jouée, puis ce qui aurait été selon toi la manière optimale sur chacun des tours de mise?

Main 2:  Blinds 150 000/ 300 000 Ante 40 000
LeFrançois: Un peu plus de 10M
Cheong: Autour de 15M
Duhamel ouvre à 750 000.  LeFrançois sur le bouton appelle.  Joseph Cheong décide de sur relancer du petit blind à 2.55M.  Jonathan fold et LeFrançois décide de pousser son tapis, pour un peu plus de 10M de jetons au total.
Cheong appelle rapidement avec K?K? et LeFrançois ouvre Q?J?.
Le tableau 6? J? 2? K? 3? n’aide en rien et LeFrancois est éliminé en 11e position, ratant sa chance de faire partie des finalistes qui seront de retour en novembre.

En ce qui a trait à la main sur laquelle j’ai été éliminé, mon raisonnement est assez simple. Premièrement, je dois dire que selon moi, 4 des 5 meilleurs joueurs restants du tournoi se trouvaient à la même table (c’est-à-dire Cheong, Dolan, Duhamel et… moi-même, sans prétention…). Nous étions 11 sur les deux tables (dont 5 à notre table), lorsque la main est arrivée. John étant chip leader relançait quasiment 100% des pots lorsque c’était folder à lui voulant mettre de la pression sur les autres vu que c’était la bubble de la table finale. Donc les blinds étant 150k-300k, il relance de la position hijack à 750k, je suis du bouton avec 10 300 000 jetons et je décide d’appeler la mise et de jouer le pot en position avec une main qui se joue très bien après le flop et ce, surtout contre le range de main de John qui est très large à ce moment. Cheong étant du small blind décide de relancer à 2 500 000. À ce moment, je me dis que son spot pour sur-relancer est tout simplement magnifique et qu’un joueur de son calibre est capable de profiter d’une situation de la sorte pour mettre de la pression et aller chercher des jetons supplémentaires. Il est conscient que le range de John est surtout composé de mains marginales, souvent faibles qui ne pourront appeler un 3 bet et que de mon côté, j’ai souvent une main assez forte, mais que souvent je vais devoir me coucher vu qu’elle ne sera pas assez forte pour aller all in sur la bubble de la table finale. John a donc folder et j’ai poussé allin sachant que je pourrais bien finir 11ème mais que je ramasserais souvent la sur-relance de Cheong preflop et que si je me faisais caller, au pire j’ai une main avec une excellente équité contre beaucoup de mains me dominant (pas contre les KK bien entendu!). Je n’ai aucune idée de ce qui s’est dit sur mon jeu sur les forums et honnêtement je ne crois pas que beaucoup de gens sont en mesure de comprendre la dynamique de la table à ce moment… J’ai peut-être fini 11e, mais j’ai suivi mon read et mon instinct et je ne peux absolument pas m’en vouloir!

Merci!

À la prochaine !

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