Une main avec un joueur de classe mondiale

Publié le 15 mars 2006

À l’été dernier, j’ai eu la chance de jouer au tournoi du World poker tour du Bicycle Club de Los Angeles qui avait comme prix d’entrée 5 000$. 839 joueurs y participaient, pour une bourse totale de plus de 4 millions de dollar. Une heure après le début du tournoi, est venu s’asseoir dans le siège vide, David Benyamine. Pour ceux qui ne le connaissent pas ; il est français , il a gagné 2 tournois du world poker tour ( en fait , à ce moment , il n’en avait qu’un, mais à gagner son deuxième quelques jours plus tard au WPT Battle of Champions II ), et il est un habitué de la ” grosse game ” , où les limites sont 4000-8000 , et qui est fréquentée également par les Doyle Brunson , Daniel Negreanu , Phil Ivey , etc. . Dans cette partie, un million de dollar peut changer de main dans l’espace d’une session.
J’avais à ce moment, une image de joueur très agressif, ayant relancé avec beaucoup de mains, et quelques fois montrées au dévoilement des mains marginales. Avec les tapis profonds (on commence avec 10 000T$ et les blinds sont 25-50.) c’est comme ça que je joue. Je ne blufferai pas tout mon tapis, si je manque avec une main telle que 64s, mais si je peux connecter, je peux piéger mon ou mes adversaires pour tout leur tapis, je ne me gênerai pas.
Avec les blinds à 75-150, et un tapis de 16 000T$, j’ai A9 sur le bouton. Tous se couchent à Benyamine qui colle du cutoff, je fais de même, ainsi que le sb, le BB passe.
Le flop est 469
L’action est passée à David Benyamine et il mise 400T$ dans le pot de 600T$. Avec la paire supérieure et le meilleure acolyte, je relance à 1300T$. Je coupe ainsi la cote des joueurs dans les blinds, au cas où ils auraient un tirage à la séquence par exemple. De plus, c’est probable que j’aie la meilleure main à ce moment. Les blinds se couchent, mais Benyamine pense entre 1 ou 2 minutes en m’observant (1 ou 2 minutes à une table de poker semblent être un éternité des fois), et fini par appeler 900T$ de plus.
L’idée qu’il me piège avec un set ou AA, KK m’a traversé l’esprit, mais il pourrait bien avoir K9s, Q9s, J9s, etc., et penser que sa main est bonne. C’est peu probable qu’il ait un tirage à la séquence, il n’aurait pas gager sur le flop, et coller ma relance.
Le tournant est 469_9
” Quelle bonne carte ! ” , s’il a AA ou KK , il a un tirage très mince , s’il a K9s , Q9s , J9s , etc. , je vais lui prendre son tapis sans doute . Il passe. Dans ” Un dernier tour de table ” Mike dit : ” Le piège a ours, c’est à dire, miser peu, fonctionnerait à la perfection contre un joueur moyen, mais KGB est trop fort, je dois doubler la mise, pour qu’il pense que j’essaie de l’acheter (de bluffer), ” (ironiquement, j’ai la même main de départ que lui, A9s). Un raisonnement identique s’applique. Je mise 2500T$ dans le pot de 3200T$. Il pousse devant lui 5 jetons à 500T$ à la vitesse de l’éclair. Cette dernière phrase est très importante, et je vais y revenir à la fin. Aussi, il lui reste 7000T$, et je le couvre.
La rivière est 469_9_10
Il passe. Cette carte n’est pas idéale pour moi, car elle me fait perdre si il a 9T, et elle peut donner l’impression à Benyamine qu’il est battu, car s’il suspecte que j’aie un «’9” et qu’il en en a lui-même un, avec un «’Q” ou un «’J”, il saura qu’il ne bat plus beaucoup de main. De plus s’il doutait que je n’aie que «’78”, j’aurais frapper la séquence sur la rivière. Je me dis que si je mise son tapis, peut-être qu’il couchera un brelan de 9 avec un acolyte (évidement) plus petit que le mien. Donc je mise 4000T$ seulement dans le pot de 8200T$. À ce point de la main, s’il relance tapis, j’appellerais le 3000T$ de plus sans hésiter. Il pense très longtemps et je souhaite qu’il appelle, car je suis certain qu’il est battu, il aurait déjà relancé pour le petit montant de plus, car ça ne lui sert pas à grand chose d’attendre, pour feinter d’être incertain sur cette décision, puisqu’à moins d’être super faible, je devrais appeler, j’aurais du 5 pour 1. Après un longue réflexion, il fini par se coucher sans montrer sa main, et j’emporte, ce qui est à ce point du tournoi, un gros pot.
À la pause suivante, on s’est échangé les mots suivants ;
DB : Tu m’as bluffé, hein ? JPP : Non, j’avais As-neuf de carreau, qu’est-ce que t’avais, valet-neuf de trèfle ou dame-neuf de trèfle ?
DB : J’avais J9
Quelques heures plus tard, les pièces du casse-tête se sont assemblées, sur son appel ultrarapide sur le tournant. En ayant pensé longuement sur le flop, mais appelé si vite sur le tournant, il m’envoyait le message «’ j’ai le 9 «’. La raison pour laquelle il me donnait cette information c’était parce qu’il avait aucune idée, d’où il se trouvait dans cette main, et il a figuré qu’en me donnant cette information, je ne tenterais pas de le bluffer pour tout son tapis sur la rivière car il avait l’intention de se coucher advenant que je fasse une grosse mise et qu’il n’ait pas transformé son brelan en main pleine. De plus, sachant que je savais (probablement) qu’il avait un 9, il devenait alors plus facile pour lui de coucher cette main, car il me fallait une main très forte pour le battre et qu’il y avait peu d’acolyte probable que je puisse avoir qui battait son valet.
Notre table ne s’est jamais brisée de la journée, nous nous sommes parlé ( en français !! ) entre les mains, et il est très sympathique.
- jpp

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