Légalisation du poker aux États-Unis: Ça augure mal

Publié le 10 décembre 2010

Les temps sont pour le moins critiques pour le projet de loi du Sénateur démocrate Harry Reid, cherchant à légaliser et réguler le poker en ligne aux États-Unis.  Issue du projet de Barney Frank, cette proposition permettrait un marché libre sous système de licence, où des revenus de taxes permettraient de réalimenter les coffres du pays.

Il y a une semaine exactement, PrincePoker rapportait qu’un plan secret cherchait à présenter ce projet rapidement, en le joignant à un autre projet de loi assuré de succès.  La raison de la période choisie est bien simple:  Le projet étant démocrate, il s’agit du dernier moment (ce qu’on appelle la lame duck session) d’ici les prochaines années où il a des chances d’être accepté, alors que la chambre retombe à majorité républicaine après la présente session législative.

Le plan de Reid a effectivement pris forme et ce dernier tentait de joindre ce projet à celui suggérant une baisse de taxes déposé hier.  Ces deux derniers jours, les spéculations sont allées de bon train.  Le projet est-il inclus?  A-t-il dû être laissé de côté?  Les nouvelles abondaient dans un sens comme dans l’autre, créant une confusion généralisée chez les joueurs de poker américains.

Le Sénateur démocrate Harry Reid

La réponse officielle est finalement tombée.  Malgré les forts lobbies et les tentatives du Sénateur Reid, il fut impossible d’attacher la proposition au projet de coupure de taxes.  Ainsi, c’est de loin la chance la plus crédible de passation du projet qui s’envole.  Il s’agit d’un échec majeur pour la survie du projet, bien que cette dernière demeure toujours théoriquement possible.

En effet, Reid pourrait toujours insérer son projet dans cette proposition de baisse de taxes si des modifications y sont demandées d’ici le vote final la semaine prochaine.  Le projet pourrait aussi être inséré dans un document autre, notamment la demande de fonds d’un billion de dollars, montant nécessaire pour garder le gouvernement à flot.

Qui est responsable de l’échec de ce projet?  Si vous avez un doigt à pointer, c’est en direction du Sénateur Jon Kyl qu’il faut le diriger.  Ce dernier est le seul réel opposant farouche au projet.  Il semble s’être donné comme mission personnelle de faire échouer sa passation, ce qu’il accomplit d’ailleurs avec brio.  Si son discours est contestable, sa critique envers la méthode employée est difficilement reprochable.  En effet, attacher un projet à un autre à haut taux de succès n’est pas ce qu’on peut qualifier de très démocratique comme approche.  Rappelons que c’est cette même technique qui fut cependant à l’origine de l’introduction de l’UIGEA en 2006.

Le Sénateur républicain Jon Kyl

Bonne ou mauvaise nouvelle pour le poker mondial?

À priori, une loi légalisant le jeu en ligne apparaît positive pour les joueurs de poker des États-Unis, ainsi que pour la santé mondiale de l’industrie du jeu.  Or, ce projet comporte de nombreux points qui font sursauter, au point où plusieurs joueurs espèrent plutôt le statu quo en comparaison à la votation de ce projet.

En effet, une période black-out de quinze mois sans poker offert accompagne cette proposition.  Les sites œuvrant actuellement aux États-Unis (notamment PokerStars et Full Tilt Poker) devraient arrêter leurs opérations dans l’espoir d’obtenir une future licence.  Le projet les blanchit cependant pour leurs opérations passées.  Il va donc sans dire que ces salles coopèreraient sans aucun doute, alors qu’elles auraient la possibilité de réintégrer le marché… dans 15 mois.   Cette période est exigée afin d’avoir le temps de mettre la structure de régulation en place, tout comme pour permettre aux compagnies américaines de Casinos d’intégrer le marché sur un pied d’égalité avec les salles déjà existantes.

La division du marché mondial se trouverait également accrue par cette loi.  En effet, il faudrait un total de quatre ans avant que des joueurs non américains puissent obtenir le droit de se joindre au réseau national étasunien.  Autrement dit, impossible pour un joueur d’ici d’affronter un américain avant au minimum 2015.

De plus, non seulement les États conserveraient le droit de ne pas participer à ce système, mais ils seraient automatiquement exclus lors de son démarrage.  Chaque État désirant participer à ce système fédéral de jeu en ligne devrait d’abord en faire la demande, ce qui est loin d’être acquis pour bien des régions du pays.

Ceux qui défendent le projet, notamment la PPA qui l’appuie malgré la féroce opposition de nombreux de ses membres, affirment simplement que c’est un mal nécessaire afin de correctement encadrer l’industrie, puis de la rendre complètement limpide une fois pour toutes.

Il va sans dire que de nombreux joueurs professionnels sont dégoûtés à l’idée d’un black-out de 15 mois, puis espèrent l’échec du projet, menant au statu quo sur la situation légale.  Il faudra cependant voir comment réagira le ministère de la Justice face aux acteurs actuels du marché, si jamais le projet en venait à échouer.  Un calme relatif pour les prochaines années est-il à prévoir, ou est-ce que ce sera plutôt le début d’une guerre légale d’autant plus risquée pour les joueurs?

La survie du projet est encore possible pour la semaine, bien que ses chances réelles de succès semblent évaporées.  Pour la suite, il faudra certainement attendre la prochaine session législative, au début de la prochaine année.

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